les lois et la morale
28 juil. 2009 issu d'un débat/jeu sous forme de procès dans un tribunal. J'ai juste recopiéce que j'y avais écrit sans enlever les allusions au forum en question
Nous postulons que les lois devraient être basées sur le respect des libertés individuelles dans le mesure où celles-ci n’empiètent pas sur les libertés des autres. Pourquoi ? Parce que empêcher les uns et les autres de faire ce qu’ils veulent, tant que ça n’empiète pas sur les libertés des autres est tout bonnement une atteinte aux droits de l’homme, atteinte basée sur l’ignorance, l’hypocrisie et la méchanceté comme nous l’allons montrer au cours de ce procès.
Me Waddle, comme il a déjà commencé à le faire au mépris de l’énoncé du procès, ne manquera pas de venir avec des exemples tous plus rafraichissants les uns que les autres. Tenez, prenons un exemple qu’il pourrait nous servir
Trois personnes vivent sur une ile déserte. Ils aiment tous les trois marcher avec des babouches et ils détestent tous les trois marcher pieds nus. Ils décident donc de voter une loi qui interdit de marcher pieds nus. Est-ce une mauvaise loi ?
Nous répondons que oui, c’est une mauvaise loi, et ce pour plusieurs raisons que nous allons lister
- Si les trois habitants de cette île aiment marcher chaussés, quel besoin d’une loi ? Une loi n’est pas là pour instituer ce qui fait plaisir à des gens (caractère positif), une loi est là pour prévenir le négatif (et donc empêcher les gens de faire quelque chose), donc c’est bien qu’il n’y ait pas de loi pour empêcher nos trois amis de marcher chaussés, mais une loi qui oblige de marcher chausser n’a pas de sens
- On veut cacher le caractère répressif d’une telle loi en disant ça ne dérange personne, puisqu’ils sont tous d’accord. Mais c’est une fausse bonne idée, car un de ces trois peut changer d’avis (imaginons qu’il ait un cor aux pieds), de nouveaux arrivants peuvent s’introduire dans l’ile, de nouvelles naissances. A partir de quand faudrait il réviser la loi (80% des gens sont encore d’accord ? 60% ? une seule personne ?), on voit là l’incohérence d’une telle loi
- Pour cet exemple, des lois basées sur les libertés garantiraient que ceux qui veulent marcher chaussés le fassent, et ce que ce qu’ils veulent marcher non chaussés, peu importe les raisons, le fassent.
Nous allons développer notre argumentation en quatre points principaux. Nous commencerons par définir la morale, notamment dans son utilisation possible par les lois. Nous montrerons ensuite que la morale n’est jamais universelle, et que par voie de fait, elle peut être castratrice des libertés, et même des libertés fondamentales.
I- Qu’est ce que la morale ?
Comme mon collègue l’a dit en des termes plus juridiques, la morale est un ensemble de valeurs qu’un individu ou un ensemble d’individus pensent être ce qu’il conviendrait de faire pour être un homme bien. A ce titre la morale est donc issue soit des traditions ancestrales et des cultures, soit des religions, soit des réflexions personnelles des individus. C’est là où interviennent les premières contradictions, et le premier volet de raisons pour lesquelles la morale ne saurait être le socle des lois.
1. Du point de vue de la norme
J’ai dit plus haut que la loi est donc basée soit sur les traditions, soit sur les religions soit sur les réflexions personnelles des uns ou des autres. C’est ce que j’appelle la norme. Or il est très fréquent que selon que sur un point précis, ces trois normes s’opposent : prenons la polygamie au Cameroun. Bon nombre de nos traditions la valorisent (plus on a de femmes, plus on est valable), alors que la religion (christianisme) l’interdit. La loi l’autorise, veut ce dire que si les lois s’appuient sur la morale, la loi camerounaise s’appuie sur la morale issue de la tradition ? Non parce que dans d’autres domaines, c’est la religion que l’on mettra en avant (exemple homosexualité, voile islamique en arabie saoudite, interdiction de l’alcool ou du porc en algérie, etc…). Même si la tradition de ces pays dit autre chose. N’avons-nous pas des traditions qui disent que l’homme qui se retrouve à la cuisine (pendant que madame s’épile) n’est pas un homme ? Et un tel homme est condamné moralement dans la société camerounaise d’aujourd’hui. Doit on faire passer une loi pour arrêter ces hommes là ? (je préviens les avocats de la partie adverse qu’ils se retrouveraient en prison, nous avons des preuves). Pourquoi alors que bon nombre de nos traditions (ouest, nord, littoral, etc…) consacrent des chefs tout puissants pouvant disposer des biens de la communauté comme ils l’entendent (et la religion ne l’interdisant pas, souvenons nous de rendez à césar, ou même de la gestion politique de Mahomet), pourquoi donc voter des lois contre la corruption ? Comme vous le voyez, une question se pose, quelle morale choisir ? Pourquoi alors que la religion (ou les textes bibliques) condamne de la même manière l’homosexualité, le vol, l’adultère ou le mensonge, se retrouve t’on seulement avec une loi homophobe défendue corps et âme par des ventripotents à multiples « bureaux ». Quelle est donc cette morale ? Sinon le déni aux autres du droit de vivre leur vie comme ils l’entendent. Nous y reviendrons. Pas de socle moral défini sur lequel appuyer une loi « morale ». Que du flou qui varie selon l’opinion de celui qui fait appel à une telle loi morale.
2. Du point de vue de la quantité de gens définissant la morale
Admettons que l’on parvienne à définir la morale (sur tous les sujets), ce qui n’est clairement pas le cas, comme le post précédent l’a montré. Prenons un sujet sur lequel une morale existait pour x raisons (j’y reviendrai) mais sur lequel, de plus en plus de gens sont en train de changer d’avis et ne le considèrent plus comme immoral. Prenons le divorce, prenons le travail des femmes (avec les hommes), etc…
Si on base les lois sur la morale, à partir de quel moment devra t’on changer la loi ? Imaginons qu’une loi interdisait les divorces. Aujourd’hui de plus en plus de personnes trouvent que mieux vaut divorcer que de subir un calvaire dans son ménage. A partir de quelle proportion de nouveaux penseurs (ce qui sont pour la nouvelle morale) devra-t-on supprimer la loi qui interdit les divorces ? Dès qu’il ya 50% de nouveaux penseurs (c’est déjà la majorité de la population), 30% ? 20% ? Dans un pays comme le Cameroun, 20 % représentent 4 millions de personnes. Doit-on s’asseoir sur 4 millions de personnes qui souhaitent juste vivre leur vie comme ils l’entendent ? Non. Alors où s’arrête t’on ? à 10% ? à une personne ? Chers jurés réfléchissez à cela, et voyez l’inanité de bâtir un système de lois basées sur la morale.
II- La morale n’est jamais universelle
Baser les lois sur la morale (et les exemples de la partie adverse) c’est postuler que tous les sujets à ces lois partagent le même point de vue. De deux choses l’une, soit c’est effectivement le cas, auquel cas une loi n’est pas utile (puisque tous feront le « convenable ») soit ce n’est pas le cas (et on est ramené à mon post précédent), auquel cas, ce serait une atteinte à leur liberté (dans la mesure où la pratique en question ne cause pas de dégâts sur des tierces personnes). Dans cette partie nous montrerons que l’on est toujours dans le deuxième cas (la situation privative de libertés), a fortiori dans des pays comme le Cameroun, ou la France.
1. Dans une communauté homogène
Quelle qu’elle soit, il y aura toujours des gens qui ne pensent pas comme la masse, qui ont des goûts différents que ce soit par choix, par rébellion ou autre. Les exemples foisonnent, que ce soit dans la bible (exemple de livre racontant la vie d’une communauté), chez les grecs (certains des plus grands philosophes étaient en marge des idées de la société à l’époque), dans nos tribus (la nombreuse littérature africaine l’atteste), chez les européens, chez les incas, en asie, etc… Partout, on a vu, on voit et on verra toujours des gens qui ne pensent pas comme la majorité. Du moment où ils ne font de tort à personne, doit on les empêcher de faire comme ils le souhaitent, alors même que des sujets importants sont abordés ? Je cite pêle-mêle la religion, la sexualité, les habitudes de vie. Nous répondons non, mais nous y reviendrons.
2. Dans une société mosaïque
Mosaïque dans les sens où somme de plusieurs cultures, religions ou groupes différents. Prenons une société comme le Cameroun. Prenons un sujet comme la polygamie. Les sociétés du Nord diront que 4 femmes est le grand maximum (influence de l’islam) et les patriarches du sud ou de l’ouest diront que même 40 c’est petit. Quelle loi appliquerons-nous ? Entre les bulus qui trouvent inacceptable de laisser leur fille se marier sans dot, et d’autres qui trouvent que la dot est avilissante, quelle loi voter ? Baser les lois sur la morale au Cameroun (ou en France avec les différentes religions cultures, couleurs de peau), c’est la porte ouverte à la répression des libertés, au développement de sentiment d’exclusion des différentes communautés (et créant de fait le communautarisme, il y a jamais eu autant de tchador en France depuis que les musulmans ont le sentiment d’être exclu cf loi sur le voile par exemple). Les camerounais de la diaspora doivent ils perdre leur statu de hors la loi (parce que constamment hors la loi sur bon nombre de sujets), si au contact de nouvelles cultures, ils ont eu à moduler ce qu’ils considèrent comme ce qu’il faut faire, nous répondons non.
III- La morale imposée (loi) est privative des libertés
Je l’ai déjà dit abondamment à travers de nombreux exemples, je ne m’attarderai donc pas énormément sur ces exemples. La liberté de culte, la liberté d’orientation sexuelle, la liberté de choisir son mode de vie (tant que ça ne nuit pas à autrui), ces libertés là sont des libertés fondamentales décrites dans la déclaration des droits de l’homme. Et ce sont des libertés que de telles lois attaquent directement. Ceux qui disent (en reconnaissant que la morale n’est pas universelle) que les lois doivent s’appuyer sur la morale sous entendent que les hommes ne sont pas égaux de par la planète et le temps. Ainsi un Noir n’aurait pas le droit d’être homosexuel, alors qu’un Blanc l’aurait. Un type né dans un environnement musulman n’aurait pas le droit de manger du porc (alors qu’il veut) et un autre type né dans la même région, le même jour, mais d’une famille chrétienne l’aurait lui. Une femme n’aurait pas le droit de porter des pantalons en arabie saoudite, mais un homme oui.
Nous nous pensons que de tout temps, en tout lieu, l’homme a toujours été l’homme. C’est pour cela que les propos de Socrate sur l’homme gardent leur poids pour le costaud camerounais noir du 21 ème siècle. C’est pour cela que les fables de Lafontaine (dont on nous apprend quelques unes à l’école) gardent leur force (alors même que l’on utilise les animaux), c’est pour cela que le livre de Machiavel (Italie moyen âge) garde son poids quand on veut analyser aujourd’hui les jeux de pouvoir. C’est pour cela que la littérature, les arts, la musique etc sont parfois intemporels, parce qu’ils parlent à l’homme. Cet homme là qui est immuable.
Donc mesdames et Mr les jurés, laissez l’homme, ou qu’il soit être libre d’agir comme il le veut tant qu’il ne nuit pas à autrui.
Ainsi pour les quelques exemples que je vais citer, demandez vous juste, au mépris de ce que vous pouvez pensez vous même du sujet, si dans ces pratiques, il y a des tierces personnes qui sont impactées. Vous saurez si une loi doit intervenir :
- Homosexualité (non)
- Pédophilie (oui)
- Polygamie (non)
- Liberté de culte (non)
- Liberté de consommer ce qu’on veut (non)
- Etc…
Baser comme critère les dégâts d’un acte sur les autres, c’est là le seul critère juste sur lequel peuvent s’appuyer les lois.
IV- La morale n’est qu’un moyen et non un but
Cette dernière partie pour confirmer mon propos. La plupart des gens prennent la morale pour ce qu’elle n’est pas, c’est à dire pour un but, alors qu’elle n’est en fait qu’un moyen. Un moyen parce que quand les gens décident de suivre une morale, c’est parce qu’ils croient que c’est le MOYEN d’atteindre le bien ou d’éviter le mal. Je résume le processus avec un exemple (polygamie dans l’islam)
- Des phénomènes sont constatés : Les femmes sont traitées de manière non équitable, d’autant plus quand les moyens du mari manquent (plus il est riche, plus toutes les femmes peuvent être à l’aise)
- On en fait une loi de comportements : Pas plus de 4 femmes, parce qu’on pense qu’à l’époque un homme moyen peut entretenir seulement 4 femmes bien
- Cette loi devient la morale (on oublie les causes pour ne plus répéter que « 4 femmes, le prophète a dit ») : Alors que si le prophète était là il réévaluerait certainement le nombre (y a beaucou plus de pauvres) à peut être deux seulement
- Et on oublie les causes premières : ainsi le super riche qui a les moyens d’entretenir (pour celles qui le veulent évidemment) 145 femmes se verra opposer la même morale que celui qui n’a même pas les moyens d’avoir un chien.
Il en est ainsi de toutes les morales ou presque. Des causes premières, que l’on oublie. Petite anecdote que je dois à Bernard Werber. On enferme cinq singes dans une pièce. Au centre de la pièce une échelle. Au sommet de l’échelle, un régime de bananes. Naturellement les singes vont essayer de monter. Mais arrivés à un certain niveau, un jet d’eau bouillante les frappe et ils sont obligés de redescendre. Au bout d’un moment on en enlève un, et on en met un nouveau qui n’est donc pas au courant. Quand il veut se diriger vers l’échelle, ses frères l’en empêchent, au besoin en le frappant. On continue les remplacements de ceux qui sont au courant par ceux qui ne sont pas au courant, et l’observation montre que ce sont ceux qui ne sont pas au courant (et donc qui ne savent pas pourquoi on les as frappés) qui sont les premiers à bastonner les nouveaux venus (même quand ils ne se dirigent pas vers l’échelle). Donc on part d’une cause première (l’eau chaude), on battit une loi (ne pas monter) et on oublie la cause première pour tomber sur une morale détraquée (bastonner les nouveaux venus). L’homme n’est pas différent des singes, voilà la morale sur laquelle baser les lois.
NON!