Petit laïus pour la continuation de l’opération Epervier.
02 sept. 2009
L’opération épervier est l’opération qui a constitué à embastiller les opérateurs de la corruption à col blanc, dans le cadre plus général de la lutte contre la corruption au Cameroun. J’attire l’attention des lecteurs sur le pays dont nous parlons : le Cameroun, car cet élément aura une importance capitale dans la suite.
Nous expliquerons pourquoi tout au long de l’article en
- Disant ce qu’est réellement la corruption et la justification de son statut de délit, voire de crime
- En présentant les arguments des tenants de l’arrêt de l’épervier
- En apportant les éléments de contradiction à ces arguments
Si des gens sont jugés pour des actes de corruption, et ce partout dans le monde, c’est parce que la corruption, et notamment celle à col blanc contribue littéralement à saigner les pays, notamment les pays pauvres. Le Cameroun en est un.
En citant un article qui parlait de la corruption au Gabon
Plusieurs études sur les petits dragons du Sud-Est asiatique démontrent qu’en dix ans la pratique des pots-de-vin a coûté à ces États autant que leur dette. Dans de nombreux pays d’Afrique, les dessous-de-table que les entreprises privées doivent payer aux fonctionnaires pour décrocher une commande atteignent parfois les 35% du contrat.
http://gaboneco.com/show_article.php?IDActu=6067
ou encore
Selon Christol Georges Manon, président de l'Observatoire de lutte contre la corruption au Cameroun, 40% des recettes enregistrées chaque année ne servent pas le développement pour cause de corruption.
Selon Samuel Ekoum, président de l'ONG camerounaise SOS corruption, l’État du Cameroun perd en moyenne par an 400 milliards de francs CFA à cause de la corruption.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Corruption_au_Cameroun
Sachant la bouffée d’air qu’a été l’annulation d’une partie de la dette (et la part dans le budget d’un état que le remboursement de la dette peut prendre) manifestée par le changement visible de nos grandes agglomérations, penser qu’une accentuation de l’amélioration des conditions de vie des Camerounais est bloquée par quelques poignées d’individus semble inacceptable, non acceptée, d’où la qualification en crimes de tels actes, donnant lieu à des peines de prison excédant souvent celles données dans le cas de meurtre.
Une petite blague
Trois haut- fonctionnaires se retrouvent pour des congrès internationaux, un européen, un asiatique et un africain.
Le premier congrès a lieu chez l’européen. A la fin du congrès, il emmène les deux autres dans sa résidence privée : c’est une somptueuse villa située pas très loin d’une autoroute. Les deux autres lui disent, « ta villa est chouette, elle a dû te couter pas mal de sous ». Et lui de répondre « vous voyez cette autoroute là bas ? J’étais le chef de projet, et ma maison c’est 5% du cout total ».
Le second congrès a lieu chez l’asiatique. A la fin du congrès, il emmène les deux autres dans sa résidence privée : c’est une villa encore plus somptueuse que celle de l’européen, située pas très loin d’une autoroute, elle aussi, quoique plus petite. Les deux autres lui disent, « ta villa est très chouette, elle a dû te couter pas mal de sous ». Et lui de répondre « vous voyez cette autoroute là bas ? J’étais le chef de projet, et ma maison c’est 10% du cout total ».
Le troisième congrès a lieu chez l’africain. A la fin du congrès, il emmène les deux autres dans sa résidence privée : c’est une somptueuse villa située au cœur de la forêt équatoriale. Les deux autres lui disent, « ta villa est exceptionnelle, du jamais vu, comment là tu financée ? ». Et lui, fier, de répondre « vous voyez cette forêt là bas ? Une autoroute aurait dû passer là… ».
Elle peut sembler drôle, mais illustre la réalité. On peut, comme on le dit des routes, dire la même chose des hôpitaux, des retraites, de l’aménagement du territoire, des écoles, etc.…
Voilà pourquoi la corruption, et notamment celle à col blanc est un « délit criminel ». A ce stade, j’ose espérer que personne ne sera d’avis contraire.
Passons maintenant à l’examen des arguments des tenants de la thèse adverse
I- Jusqu’à présent, les fonds détournés n’ont jamais été rapatriés
Ceci est l’un des arguments les plus utilisés. On dit « ils ont arrêté tel ou tel. Mais où est l’argent ? Ce n’est pas leur mise en détention qui va nous construire les écoles. » Une logique apparemment frappée au coin du bon sens. Sauf que
A- Les procédures sont engagées pour le rapatriement de ces fonds. Le gouvernement camerounais a engagé des négociations avec les gouvernements américains et européens pour cela. Rien que sur ce forum, nous avons pu voir une liste de prétendument camerounais interdits de séjour. Vrai ou Faux, cela montre la dynamique dans laquelle on évolue. S’il n’y a pas encore eu de résultats tangibles, il est à noter que ces démarches sont encouragées par la conjoncture actuelle. En effet même les plus secrets paradis fiscaux voient leur secret bancaire de plus en plus fissurés. La Suisse va donc communiquer aux Etats-Unis et à la France, par exemple, les comptes des fraudeurs du fisc. Les objectifs poursuivis dans le cadre de l’opération Epervier étant plus louables encore, nous pouvons espérer l’aboutissement de telles mesures. J’ajouterais aussi, que même si c’est sans commune mesure avec les biens détournés, les condamnés ont vu bon nombre de leurs biens saisis et mis aux enchères, initialisant ainsi la logique de remboursement.
B- D’autre part, la peine que ce soit la prison ou l’amende, peut se suffire à elle-même et sanctionne un crime ou un délit. Quand on poursuit quelqu’un qui est suspecté de meurtre, ce n’est pas en pensant que la victime va ressusciter. C’est pour punir la personne ayant commis l’acte. La page wikipédia par exemple donne comme but de la prison (qui est un exemple de peine liée à l’opération épervier, mais pas la seule, comme nous l’espérons l’état des lieux de la partie adverse le confirmera)
1) de protéger la société des personnes dangereuses ;
2) de décourager les gens de commettre à nouveau des actes interdits par la loi ;
3) de rééduquer le détenu de manière à le réinsérer ;
4) de faire taire les opposants politiques. Ce but est principalement visé dans les dictatures, mais les démocraties sont parfois, elles-aussi, accusées d'agir de même avec des militants politiques ;
5) d'empêcher des prévenus de prendre la fuite ou de compromettre leur futur procès, on parle alors de détention provisoire.
Dans le cadre de l’opération Epervier, seuls les points 1, 2 et 5 sont concernés. Il est évident que les personnes, si elles restent à leur poste, si elles continuent leur petit commerce, continueront à mettre en danger la société comme le post précédent sur la qualification de la corruption en « délit criminel » l’a souligné. Il est tout aussi évident qu’une accélération de l’opération contribuera à effrayer ceux qui n’ont pas encore été la proie du rapace. Nous avons en outre tous des exemples de détention provisoire (le retrait de passeport aussi contribue au point 5). Donc indépendamment des questions de rapatriement d’argent, la mise hors d’état de nuire de criminel justifie à elle seule une opération de justice.
Mais évidemment, la partie adverse ne s’arrêtera pas là. Ils diront « Hé, regardez au Gabon par exemple, on a donné l’immunité aux gens, à condition qu’ils remboursent l’argent, comme ça le pays a les sous, et les gens qui ont accumulé de l’expérience, restent en poste au lieu de décimer l’administration». Sauf que c’est une F.B.I (Fausse Bonne Idée), parce que
C- Imaginons que quelques uns de ces coupables restés en poste et ayant remboursé tout ou partie (rembourser tout est impossible vu qu’ils l’auront dépensé en partie, et que vu les sommes en jeu ce n’est pas le salaire qui suffira, à moins de replonger dans la corruption…) décident de continuer la corruption encore (je n’ai pas dit tous car comme tout naïf, on peut croire que certains rentreront dans le droit chemin, comme tout naïf…). Que leur fera-t-on ? De deux choses l’une, soit on le punira pour de bon, et on est ramené au premier cas (justification de la punition), soit on lui demandera de rembourser à nouveau en lui laissant la possibilité de continuer. Cercle vicieux. Il est à noter que cette manière de procéder n’a pas eu grand effet au Gabon ou au Maroc.
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II- Opération politique anti- G11
Un autre des arguments utilisés par les tenants de l’arrêt de l’opération est que c’est une opération à tête chercheuse qui a pour but d’éliminer les rivaux politiques de Paul Biya pour notamment les prochaines élections. On a ainsi vu des pontes du régime se retrouver aux cachots, notamment ceux qu’on pressentait pour de « plus hautes fonctions ». La preuve, pourquoi eux et pas les autres ? Sauf que les tenants d’une telle thèse, une fois encore oublient que
A- Toutes les personnes qui sont en prison après procès à l’heure actuelle ont été reconnues coupables, et j’ai bien l’impression, de manière indiscutable. Certaines personnes ont été acquittées, preuve que la justice sait voir les innocents. Nous avons eu les rapports d’audience dans les journaux, chacun peut donc se faire son opinion, et j’aimerais bien que quelqu’un de la partie adverse me donne un exemple où un innocent aurait été condamné dans le cadre de l’opération épervier. Je crois qu’il n’y en aura pas. Sachant ce qu’on a dit sur la caractérisation de la corruption, il est normal que quelqu’un qui a volé se retrouve en prison, qui a tué, etc. Nous n’avons pas besoin d’analyser si des motifs politiques se cachent derrière, à partir du moment où ils sont effectivement coupables. Si ces gens avaient été innocents, peu importe leurs souhaits politiques, ils ne seraient jamais inquiétés par l’épervier. A ma connaissance, aucun leader politique d’un parti d’opposition n’a été arrêté dans le cadre de l’opération.
B- L’argument qui dit qu’il n’y a que les gens de l’épervier qui se font arrêter, est lui aussi à battre en brèche. En effet, le G11 est censé regrouper quelques quadras haut placés dans la fonction publique et dans le RDPC qui se sont dit « à nous 2011 ». Indépendamment du fait que personne n’a jamais dit « je suis dans le G11), que bon nombre de personnes avant qu’elles ne se fassent arrêter ont envoyé les motion de soutien au président qui venait de faire arrêter des pontes (s’ils étaient tous dans le G11, ils seraient amis d’un, et de deux, s’ils étaient tous dans le G11, l’arrestation de leurs amis du G11 les aurait fait fuir, puisque leur tour arrivait) prouve à loisir que ces G11 ne sont que des fantasmes de journalistes pour faire vendre. Le nombre de personnes interpelées est sans commune mesure avec le nombre présumé de membres du G11. Et les personnes ne cadrent pas avec les objectifs du G11 car on retrouve des caissiers des impôts à Douala, des trésoriers de la CRTV, bref des apolitiques complets. A moins que le G11 comme l’indique cet article par exemple ait été une nébuleuse avec des tentacules partout et pour but de déstabiliser le Cameroun
Auquel cas la lutte contre cette nébuleuse doit s’intensifier encore, et avec d’autres motifs que la lutte contre la corruption.
Mais cette hypothèse ne tient vraiment pas parce que notamment, les patriarches du centre se sont répandus dans la presse comme quoi on s’attaquait seulement à leurs enfants.
http://www.camerfeeling.net/xnews/index.php?val=732_le+memorandum+attribue+aux+elites+centre+
On peut tout de suite noter que certaines élites du centre s’en sont désolidarisées.
Chers lecteurs, si ce sont les hauts cadres d’administration, ou les membres du RDPC ou les élites du Centre qui vont croupir le plus en prison, c’est parce que proportionnellement, ceux-ci sont plus nombreux aux postes de responsabilité. Une opération comme l’épervier les décimera donc en priorité.
C- Oui, mais pourquoi eux ? dernière question de ce point. On pourrait répondre, c’est eux pour le moment, les autres arriveront peut être. L’opération épervier continue de livrer des coupables. Il ne se passe pas une semaine sans que de nouvelles têtes, connues ou moins connues, tombent. Pourvu que ça dure, serions nous tenter de dire…
III- Non respect des droits et dignité bafouée
Une autre raison des « abolitionnistes » est que dans le cadre de l’opération épervier, la dignité des prévenus est bafouée. Tenez, encore la semaine dernière, une femme a été arrêtée dans son bureau, sans même avoir le temps de faire ses affaires. Elle a dû libérer sa maison de fonction dans la demi-journée. Et vous avez vu l’état des cellules dans lesquelles croupissent ces gens ? Ils tombent malades, et certains meurent en cellule. Et plein d’autres anecdotes du genre. Mais les gens qui disent ça, et veulent utiliser cela comme cause de l’arrêt de l’épervier, encore une fois, se trompent, parce que
A- Premièrement aucune des situations des ces « pontes du régime » n’est pire que celle que vivent les autres condamnés, parfois pour des crimes ou délits moindres. S’émouvoir de ce que les élites sont mal traitées par la justice ou la police alors que l’on se s’indigne pas quand le quidam quelconque l’est aussi, c’est établir de fait une inégalité entre les personnes. Le lecteur attentif du forum saura ce que nous pensons de cela. J’ajouterais que ces détenus de standing sont tous dans les quartiers VIP, reçoivent la nourriture de leur famille, ont des téléphones, etc.… Ils sont donc mieux traités que les détenus normaux.
B- Ce qu’il faudrait adresser, et c’est pourquoi je vous ai demandé en introduction, de vous rappeler que nous sommes au Cameroun, c’est l’ensemble du système judiciaire camerounais. Si des gens ne sont pas traités correctement, ce n’est pas dû à Epervier, c’est dû au manque de moyens de la justice, de la police, à leur niveau de formation. Et l’une des choses qui améliorerait la qualité des prisons, est justement de l’argent. Et si certaines sommes n’avaient pas été distraites, on aurait peut être déjà des prisons convenables. Raison de plus pour encourager l’opération.
IV- Ça continue
Le dernier argument est que ça continue, Epervier n’aurait pas éradiqué la corruption. Vu le nombre de corrompus qui sont encore en liberté.
A- Le Cameroun étant un état de droit, on ne saurait incriminer les gens sans preuve. Il se peut donc qu’il y ait encore des coupables en libertés, mais les enquêtes se mènent. Probablement certains ne seront jamais inquiétés. Ce n’est pas une raison pour arrêter l’opération. Tous les assassins ne sont pas arrêtés. Doit-on arrêter d’arrêter les assassins ? Non n’est ce pas ? Détourner l’argent d’un hôpital n’est il pas aussi grave que de tuer quelqu’un dans un accès de jalousie ?
B- Comme je l’ai dit plus haut, l’opération épervier rentre dans un plan plus général de lutte contre la corruption. Pour que le tout soit efficace, il faut que les autres composantes fonctionnent aussi. Avec les caractéristiques de la société camerounaise (lenteurs, retards, etc..) des choses, se font. L’attribution des marchés publics a été modifiée. Les fonctionnaires de police (corruption pas à col blanc) indélicats sont de plus en plus suspendus de leurs fonctions, etc. bref le tout avance. C’est dans ce cadre là qu’Epervier, pour ce qui est des gros poissons continuera de fonctionner.