Inception...
13 mars 2012Nous avons commis trois articles sur le sujet de la providence divine, ie l’intervention de Dieu sur le déroulement des choses, bonnes ou mauvaises (communément appelés miracles, punitions, bénédictions, ou malédictions). Ces articles sont les suivants
De la danse de la pluie... Cognez, et l'on vous ouvrira... Le miracle des interventions divines...
La conclusion de ces trois articles était que Dieu n’avait aucun rôle dans le cours des évènements, que ce soit les évènements qui dépendent de nous-mêmes (comme réussir à un examen), qui dépendent des autres (comme recevoir la charité ou être sauvé de la noyade par un passant) ou qui dépendent de la nature ou du hasard (comme être victime d’un tsunami ou gagner au loto). Nous arrivions à cette conclusion car pour chacun de ces types d’évènements ne dépendait en fait que de deux éléments : La physique (ou matérialité) et le libre-arbitre.
La physique parce que quelque soit ce qui arrive, il faut bien que cela arrive par des moyens matériels. Si Dieu devait m’exaucer si je lui demandais une maison, il faudrait bien que des maçons lèvent des murs, avec du ciment qui aura été produit dans une cimenterie, acheté ou donné par quelqu’un. Si je prie pour avoir du pain, il faudra bien que du blé ait poussé quelque part, que quelqu’un l’ait récolté, que le blé ait été transformé en farine, puis en pain, et quelqu’un l’ait acheté et me l’ait donné. Le pain ne tombera pas du ciel. Si une noix de coco me tombe sur la tête, il faudra se souvenir que la chute des noix de coco obéît à un certain nombre d’éléments immuables (vent, taille, poids, etc.) qui régissent son mouvement, et que Dieu n’intervient pas dans ce process (sauf si éventuellement on veut remonter des milliards d’années en arrière, quand les causes premières se mettaient en place). Si une noix de coco tombe à l’instant t, c’est qu’elle n’aurait pas pu faire autrement que tomber à l’instant t.
Le libre-arbitre, c’est ce qui fait que je choisisse de passer sous l’arbre au moment où la noix de coco tombe. C’est ce qui fait que je choisisse d’acheter le pain à celui qui m’en demande. C’est ce qui fait que je choisisse de réviser tout ou partie de mon programme avant l’examen. Le libre-arbitre c’est ma liberté de faire mes choix comme je l’entends. Il est à noter que dans l’hypothèse chrétienne (et dans la plupart des religions) l’absence de libre-arbitre n’est fondamentalement pas possible. Car dans toutes ces religions, il y a des commandements, des interdits, des punitions, autant de choses qui n’auraient pas de sens si nous n’avions pas de libre-arbitre et si nous étions « pilotés » au point de ne pas être responsables des choix que l’on fait. Il vient donc de fait que nos décisions découlent de notre libre-arbitre.
Ces deux notions explicitées, nous invitons les lecteurs qui souhaitent approfondir les développements à se reporter aux trois articles évoqués, et passons à la question du jour: Si Dieu n'a pas de responsabilité dans les évènements qui arrivent, cela signifie t'il qu'il n'est d'aucune utilité ici bas (et donc que prier ne sert à rien, et autres conséquences). Question intéressante s'il en est.
Pour réponde, schématisons le déroulement d'une action. La physique est ce qu'elle est. Elle ne change pas. Le pain se fait toujours avec la farine. Les murs se construiront toujours avec du ciment ou un autre matériau. Les lois qui régissent la chute des noix de coco ou les tremblements de terre ne changent pas. Ce qui change, ce sont les choix des hommes qui interagissent, ou qui les mettent en contact avec les phénomènes naturels. C'est donc du côté des choix et décisions humaines qu'il convient de regarder.
Que se passe-t-il pour que je fasse un choix ? J'ai plusieurs idées, je pèse le pour et le contre, je balance, je décide et j'exécute ce que j'ai décidé, selon mon libre-arbitre. Parfois, je n'ai qu'une idée, je me demande si elle est bonne, je la jauge, la soupèse et je fais mon choix. Parfois même je n'ai pas le temps de jauger l'idée. Elle est là et je réagis. Parfois aussi, je réagis par réflexe, comme Pavlov, face à quelque chose d'extérieur qui arrive, auquel cas, soit la cause c'est moi qui me suis mis dans cette situation par mes choix, ou alors cette situation découle des choix d'un autre. On est donc ramené aux cas précédents. Nous avons une ou plusieurs idées, même brèves, qui nous aident à faire nos choix.
Mais d'où viennent les idées ? Ils arrivent qu'elles viennent de l'environnement. Par exemple, je passe devant un mur jaune, et mon cerveau fait des connections avec un autre truc jaune, et mes pensées se focalisent sur cette seconde chose (qui peut-être n'est plus jaune). Au point que parfois l'on est même plus capable de retrouver la cause initiale. Bien qu'elle existe.
Jusqu'à ce stade, Dieu n'a toujours pas de place. Nous faisons des choix, à partir d'idées provenant ou construite à partir de l'environnement. Mais, et c'est le grand Mais, n'existe t'il pas des idées dont on ne sait vraiment pas d'où elles viennent, pourquoi on les a à tel instant alors que 1000 fois l'on a été dans les mêmes situations ? Pourquoi Newton aurait il eu cette idée là ce soir là et pas un autre soir alors qu'il avait vu des milliers de fois la lune (http://phil.ae.free.fr/astro/lune/lunepom.html ). Pourquoi le jouer au casino choisit il le 3 alors que juste avant il pensait prendre le 5 ? Pourquoi décide-t-on de faire des choses incohérentes sans raison identifiable ?
Si Dieu agit, c’est forcément à ce niveau. Il n’y en a pas d’autre. Parmi les idées dont l’origine n’est pas identifiable, s’il agit, il est l’origine de certaines de ces idées. D’où le titre de l’article (Inception, pour ceux qui n’ont pas encore vu le film).
Il n’est pas important de devoir trier lesquelles parmi nos idées proviendraient de lui. Pas important parce que c’est nous qui sommes responsables du traitement de ces idées originelles. Par notre libre arbitre. Si Newton s’était dit « mais pourquoi la lune ne tombe pas ? » (Admettons que l’idée vienne de Dieu) et avait répondu « Rien à foutre, c’est ça qu’on mange », la science aurait certainement eu un peu de retard. Si je flâne dans la rue et que brusquement je me dis « prends à gauche, c’est peut être un raccourci » alors que jamais auparavant je n’ai pris à gauche, c’est mon libre-arbitre qui me fera tourner ou non à gauche, tomber ou non sur le petit enfant qui se noyait et lui sauver ou non la vie. Si je lui sauve la vie, ce ne sera le fruit que de mes décisions, mais par contre, Dieu pourrait être celui qui m’a initialement dit « prends à gauche ».
L’importance n’est donc pas sur quelles idées sont éventuellement de Dieu, on perdrait un temps fou inutilement, car on retient que le murissement de nos idées et nos actes sont de notre propre ressort. Mais ce champ d’action est le seul par lequel Dieu peut intervenir sur la providence (le cours des choses), c’est le seul qui ne viole pas la physique et le libre arbitre. Ce n’est pas parce que c’est le meilleur ou qu’il a le choix. Si quelqu’un, au sortir de cet article se mettait alors à obéïr aveuglément à ses intuitions (idées originelles si l’on peut dire), il en serait pleinement responsable. Tout ceci restant valable sauf si on parvient à expliquer matériellement l’origine de toutes nos idées. Dieu n’aurait alors définitivement pas de place dans la providence.
En attendant, On peut alors résumer, contrairement à la maxime populaire, en disant « Dieu propose, l’homme dispose ». Il proposerait en espérant que l'on fasse ce qu'il veut. La petite voix, le remords, qui sait?