L'étranger.

 

Les dix mots de la semaine sont : surprendre -confirmation -hasard -tirer -train -veine -foret -tomber -regard -noire

 

Il avançait rapidement. Il se dirigeait vers la porte vitrée. Bam ! Il se prit la porte de plein fouet sur le visage. Il avait encore oublié que la transparence n'était pas exactement synonyme d'absence de matière et qu'il devait tirer le battant vitré pour sortir.

Sous la douleur, son visage devint littéralement violet. Il se contracta pour ne pas hurler. Une veine immense apparaissait sous la peau de son cou. La douleur s'atténua, et il parvint à se calmer. Son visage retrouva sa couleur normale : Orange.

Décidément, malgré les quatorze mois qu'il avait déjà fait dans le « monde civilisé », il ne parvenait pas à s'y faire. Sa tribu l'avait en effet envoyé en émissaire. Ils avaient longtemps observé leurs voisins de la forêt équatoriale profonde, sans parvenir à les comprendre, et donc à déterminer s'ils étaient amis ou ennemis. Dodji avait été désigné pour en apporter la confirmation.

 

Cela avait fat un choc au villageois dans son champ qui avait vu subitement devant lui un homme de couleur orange. Il n'avait jamais vu que des hommes à la peau noire, même pas de Blancs. Et là, il tombait sur un Orange. Il avait fait le lien avec la légende multiséculaire qui disait que des divinités Orange vivaient dans la forêt. Il était devenu l'attraction du village, puis très rapidement du pays, du continent, et même du monde entier. On l'avait baladé de coin en coin pour le montrer et l'ausculter sous toutes les coutures. Il en avait profité pour étendre le scope de sa mission à toutes les peuplades qu'il visitait. Et partout, ce qu'il voyait n'en finissait pas de le surprendre :

 

Ici le modèle familial était un homme et une femme pour élever l'enfant. Il trouvait cela vraiment très bizarre. Les enfants étaient le devenir de la tribu, et devaient donc être pris en charge par tous. C'est ce qui se passait chez lui où les enfants étaient élevés par la communauté, on apprenait à détecter les qualités des uns et des autres très tôt, et ils allaient vivre avec les confréries correspondantes. Cela produisait une société d'experts, harmonieuse et équilibrée. Et sans doute le fait d'avoir des parents qui couvaient leur progéniture devait produire des êtres égocentriques et auto-centrés. Pauvre société. Admettons ce modèle, pourquoi interdire alors que des couples d'hommes élèvent des enfants ? Si un enfant naissait par hasard dans une famille hétérosexuelle débile, pourquoi serait il mieux aimé ou élevé que dans une autre homosexuelle ? Aucune logique.

 

Il avait vu d'autres aberrations. Des gens se réunissaient dans de grandes enceintes pour regarder d'autres, quasiment nus courir et tomber pour une balle, ou mieux encore courir en rond pour revenir au point de départ. Au même point !

Plus globalement, il avait remarqué que dans ce monde moderne, beaucoup de choses étaient faites parce qu'il était possible de les faire, mais pas parce qu'elles servaient à quelque chose. C'était un paradigme complètement différent de ce qui avait lieu dans sa tribu. Que ce soit pour l'habillement, les distractions, les occupations, tout.

Une fois, assis dans le train, il avait entamé la conversation avec un père de famille qui lui avait dit être ingénieur.

  • Pourquoi fais tu ce travail ?

  • Parce que l'on me paie bien pour le faire

  • Et pourquoi te paie t'on pour le faire ?

  • Parce que mon travail rapporte à ceux qui me paient.

  • Et pourquoi ça leur rapporte ?

  • Parce que des gens sont en demande de ça.

  • Mais est ce que ça leur sert à quelque chose ?

  • Pas toujours en fait.

  • Tu pourrais donc faire n'importe quoi sous condition que ça rapporte ?

  • En fait oui.

 

Bref, chacun faisait comme il voulait. Il se voyait déjà raconter tout cela aux siens, sous le regard émerveillé des siens. Il était temps qu'il rentre...

 

 



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