Michel, si tu permets, je vais me permettre de retracer les échanges récents suivants.

Samedi 09/07/22 15h, Whatsapp

  • Michel : Bjr Marcel. Je suis en deuil, j’ai perdu ma belle-mère par accident
  • Marcel : Hello. Assia. Accident de voiture?
  • Michel: Elle a été percutée par une moto. Jeudi 07

Samedi 16/07, Marcel se rend au Cameroun avec sa famille

Mardi 19/07/22 21h, Whatsapp

  • Marcel : Hello
  • Michel : Bsr Marcel
  • Marcel : comment va ? quand ont lieu les obsèques de ta belle-mère ?
  • Michel : Samedi 30 juillet
  • Marcel : C’est noté

Mercredi 20/07/22 8h, Douala, Bonamoussadi

  • Marcel : J’ai eu Michel hier soir. Les obsèques de sa belle-mère c’est le 30.
  • Vanessa : Mon frère, tu sais comment elle est morte ?  Comme un jeu. Elle est sortie pour aller au marché. Et en attendant le taxi, la moto est venue la cogner. Elle est tombée sur la tête, et elle est morte.
  • Marcel : Je pense que l’une des marques du non-développement, c’est ça : les gens peuvent mourir bêtement. Sur la moto, à l’hôpital, au champ.
  • Vanessa : Je te dis.
  • Marcel : On va voir avec Michel si le dimanche 31, après les obsèques, il pourra te raccompagner à Douala quand on reviendra du village.

Dimanche 31/07/22 19h, Yaoundé, Total magzi

  • Michel : Bonsoir, vous avez bien roulé ?
  • Marcel : Oui, merci. Et toi ? comment ça s’est passé ?
  • Michel : Marcel, je te jure, si le deuil là ne m’a pas fini, c’est que je ne peux plus mourir.
  • Marcel : C’était difficile à ce point ?
  • Michel : gars, laisse ! Je te raconterai. Merci encore pour l’aide
  • Marcel : Bon, voilà Vanessa qui sort de la boutique. Il n’y a pas d’essence ici, mais il y a encore quatre stations avant la route pour Douala. Arrêtez vous partout, vous allez en trouver
  • Vanessa : est ce qu’on a le choix ?
  • Marcel : Bonne route, et soyez prudents

Jeudi 04/08/22 23h55, Marcel revient en France avec sa famille

Vendredi 05/08/22 13h, appel whatsapp

  • Vanessa : salut
  • Marcel : Oui, salut
  • Vanessa : Michel a fait un accident ce matin… Il est mort.
  • Marcel : …Comment vous savez ?
  • Vanessa : C’est Mme Djoki qui a appelé maman. Je ne sais pas comment elle l’a su
  • Marcel : ok, tiens-moi au courant quand tu as plus de news

 

Michel, tu es donc parti. Je t’ai connu honnête, altruiste, courageux et travailleur. Nous avons fait un certain nombre de projets ensemble, et « 5F n’a jamais cherché son frère ». Tous ceux qui font des projets « au pays » savent à quel point c’est difficile. Je me souviens de ce jour, cette nuit plutôt, de Mars 2018, ou après 3 crevaisons, tu es parti de nuit, tout seul, pour réparer la roue. Tu nous as retrouvés au petit matin où nous avons dormi. C’est toi qui as planté mes (5000) premiers ananas. Sans tes conseils et tes actions, il est fort probable que nous ne serions pas où nous en sommes aujourd’hui. Je pense à tous les projets que tu avais, principalement autour de la terre et des porcs. Elevage de porcs que tu semblais aimer plus que toutes les autres activités. Souvenirs de ton grand-père…

Certes, tous tes projets n’avançaient pas comme tu le souhaitais, la faute aux coups durs de la vie qui t’obligeaient à attaquer ton capital. La dernière étant la dernière peste porcine. Mais ce n’était pas une raison pour être abattu. « Comment rebondir ? »  semblait être ton mantra. Parce qu’il le fallait, rebondir. Pour ta femme, pour ta fille, pour tes obligations familiales. Parce qu’en plus d’être un ami, tu étais un père et un époux aimant. Je n’ai jamais rencontré ni ta fille, ni ta femme, mais j’en ai tellement entendu parler…

C’est donc avec la moto que tu es parti. Moto que tu prenais le soir après le boulot pour aller « tacler » et augmenter tes revenus pour tes projets. Qui est responsable de cet accident ? Peu importe. La finalité est là. Tout comme elle l’est pour tous ceux qui sont victimes des accidents de la route impliquant une moto. Les statistiques parlent de 7 accidents sur 10 et des hôpitaux à Yaoundé ou Douala ont des pavillons quasiment dédiés à ces accidentés. Et la majorité de ces drames auraient pu être évités avec des mesures simples (conduite, protections). La question n’est pas « à qui la faute ?» dans chacun de ces drames. La question devrait être « que va-t-on faire pour éviter les prochains drames ?». Ces drames qui, chacun d’entre eux, envoient sur le carreau des battants comme toi Michel, des passagers qui allaient au marché, des Monsieur-et-madame-Tout-le-monde piliers de leurs familles. Ces drames qui, chacun d’entre eux, des veuves et des orphelins désemparés et démunis. je pense à ta femme qui en moins d'un mois perd sa mère et son mari du fait "de la moto".

Que va-t-on faire pour éviter ces drames ? je ne sais pas. Pas encore. Mais Michel, pour toi, et pour les autres, il faut qu’on fasse quelque chose. En attendant, Va et précède-nous où on ira tous.

Au revoir Michel…

 

Michel, pour toi, pour les autres, il faut qu'on fasse quelque chose...
Michel, pour toi, pour les autres, il faut qu'on fasse quelque chose...
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