Cela fait un an que le monde entier vit au rythme du COVID et de ses effets. Effets humains avec les décès rapportés de près de trois millions de personnes. Effets sanitaires avec la mise à genou des systèmes de santé. Effets économiques avec les retombées des différentes mesures (confinements, etc.). Ces effets sont observables de tous, partout. Partout ? Même en Afrique ? Nombreux sont ceux qui se targuent du fait que le monde entier est étonné de l’absence de la « catastrophe annoncée ». Cette affirmation, comme un certain nombre d’autres seront l’objet du présent article qui prétend traiter d’un certain nombre de « Sophismes » liés à cette pandémie.

  1. Les vaccins sont-ils dangereux ?

A la sortie des premiers vaccins contre le Covid en Décembre, dans un groupe whatsapp auquel j’appartiens et qui regorge de la fine fleur intellectuelle de l’Afrique (j’y suis un intrus !), la question a été posée de savoir qui se ferait vacciner. Tous ceux qui ont répondu ont répondu « Pas moi » (sauf moi). A cette époque, les Français étaient majoritairement contre se faire vacciner. Les chiffres ont heureusement drastiquement progressé. D’où viennent ces craintes ?

  • Les vaccins seraient dangereux dans l’absolu

Cette affirmation largement répandue vient sans doute des accidents de parcours (comme ici aux Philippines) qu’il y a eus dans le passé et de la méconnaissance de ce qu’est un vaccin et le processus suivi pour aboutir à un vaccin.

La vaccination consiste à introduire dans le corps des agents identiques au virus redouté, à la différence que ses effets pathogènes ont été préalablement désactivés. Le corps va alors produire des anticorps pour lutter contre cette maladie. Et le jour où le véritable virus arrivera, le corps sera entraîné à lutter contre et la maladie ne se développera pas.

Sophismes Pandémiques ou des contre-vérités sur le COVID...

Et ça fonctionne. De nombreuses maladies ont été éradiquées (infantiles notamment, mais pas que) et ne réapparaissent que quand la vaccination est en recul. C’est également le cas pour les vaccins anti-COVID 19. Israël est le premier pays à avoir très largement vacciné sa population. Et tout comme aux Etats-Unis ou au Royaume uni, les résultats sont spectaculaires et l’efficacité constatée est en ligne avec celle communiquée après les phases de tests.

Sophismes Pandémiques ou des contre-vérités sur le COVID...

Les phases de tests, justement. Ce sont elles qui, avant homologation de chaque nouveau vaccin, garantissent que celui-ci aura une action efficace dans la lutte contre la maladie visée, mais également qu’il n’aura pas d’effets néfastes sur la santé des vaccinés. Nous les avions déjà évoquées dans un précédent article sur Ebola, et L’OMS résume ces étapes ainsi

Sophismes Pandémiques ou des contre-vérités sur le COVID...

Il y a ensuite la phase IV où l’on observe les effets secondaires éventuels dans la population. Dans le cas du COVID, cette surveillance, recommandée par tous vue la rapidité de mise au point des vaccins, est la plus grande qu’il il n’y ait jamais eue pour un vaccin.

 

  • Effets secondaires

La réaction du corps face aux vaccins produit des effets. Ce sont les effets secondaires. Tous ceux qui ont fait vacciner leur enfant se sont entendu dire qu’il « fallait surveiller s’il faisait de la fièvre dans les 24h ». N’importe quel médicament comporte dans sa notice les effets indésirables généralement observés.

Les vaccins contre le COVID sont certainement ceux qui font l’objet du suivi les plus scrupuleux des effets secondaires de toute l’histoire des traitements. L’OMS et les différentes agences (européennes, américaine, etc.) qui autorisaient le passage à l’échelle ont toutes prescrites une observation stricte des éventuels effets secondaires. C’est ainsi que le lien entre le vaccin Astra Zeneca et les thromboses font l’objet d’un débat vif depuis plusieurs semaines, avec la prudence comme principe fondamental suivi par les Etats jusqu’ici.

Il peut donc y avoir des effets indésirables. Ce qui compte alors c’est la balance bénéfices – risques. Et pour l’ensemble des vaccins ayant été homologués, celle-ci est largement positive.

  • Vitesse de développement 

Un autre véhicule de crainte est la vitesse de développement de ces vaccins. La durée moyenne constatée est aux environs de la dizaine d’années. On parle même de 12 ans.

Sophismes Pandémiques ou des contre-vérités sur le COVID...

On retrouve bien les différentes étapes de fabrication. La préoccupation (considérons la comme légitime) étant : Comment ce qui se passe en 12 ans peut-il être fait en 1 an en garantissant le même niveau de sécurité ?

Considérant les exemples suivants

  • J’habite en proche couronne parisienne. Pour aller au travail en voiture le matin, je mets deux heures (25 km) : Cela signifie t’il qu’il est impossible de parcourir cette même distance en 20 mn ? (la nuit, avec une voiture de police gyrophares allumés ?)
  • Je fais habituellement Douala – Yaoundé en 5 heures (240 Km). Est-il impossible de faire cette distance en 1h45 ?

Le lecteur l’aura compris, pour comprendre la durée, il faut comprendre le processus. Pourquoi met-on habituellement 12 ans ? Est-ce que ce sont ces 12 ans qui garantissent l’absence de risques ? le fait de le faire en un an augmente-t-il ce risque ?

Habituellement, un laboratoire va développer un vaccin parce qu’il va avoir une espérance de gains après sa commercialisation. Plus cette espérance sera élevée, plus il mettra d’énergies et de moyens pour y arriver. Le coût moyen de développement d’un vaccin en 2018 était de un milliard d’euros (plus que le budget annuel de certains pays). C’est pour cela que

  • bon nombre de grands laboratoires n’ont jamais fait du développement de vaccins leur priorité
  •  Les vaccins sur les nouvelles maladies (notamment les maladies tropicales qui impactent les pays en développement moins argentés) ne sortent pas régulièrement et les vaccins qui tournent sont les mêmes (en plus d’être obligatoires, donc consommés) depuis longtemps (enfants, fièvre jaune, polyo, etc.)
  • Le développement des nouveaux vaccins prend du temps, car si on considère Ebola, la Dengue, etc ; en plus de ne pas être rentables, la maladie étant localisée quand elle apparait et sporadique (un épisode, silence, le prochain épisode trois ans plus tard et à un autre endroit) rendant laborieux et chronophages les essais de phase 3 notamment

Les vaccins habituels mettent du temps pour de bonnes raisons donc : Peu de labos sur la ligne de départ, moins d’entrain pour débloquer les moyens, difficultés à avoir les candidats pour les phases de tests.  

Pour le COVID, la donne change. Il y a beaucoup plus de candidats laboratoires sur la ligne de départ d’une part. En effet, vus les impacts économiques d’un jour de confinement (sur la croissance, le chômage, et les dettes souveraines) nombre d’Etats ont cofinancé les investissements. Ils en outre pré-commandés les futurs vaccins alors que ceux-ci n’étaient même pas encore en phase 2. C’est totalement inédit. Et c’est une stratégie payante. On peut voir que les pays qui ont le plutôt vacciné sont ceux qui vont reprendre une activité normale avant les autres, avec les effets sur la croissance. Pour s’en convaincre regardons celle de la France avec ses deux confinements de 2020 (et la phase de liberté après le premier confinement)

Sophismes Pandémiques ou des contre-vérités sur le COVID...

Pour ce vaccin, ces vaccins en fait, il n’y a pas eu de problème d’investissement (et donc de peur de ne pas être rentables). Les gouvernements ont en outre encouragé les gens à se porter candidats pour les phases de tests. Ici un exemple en France (dont aucun labo n’a encore développé de vaccins, pourtant. Imaginons dans les pays qui ont été plus volontaires.)

 

Sophismes Pandémiques ou des contre-vérités sur le COVID...

De plus, certaines de ces phases ont été faites en parallèle. C’est-à-dire qu’habituellement on teste pour savoir si le vaccin cause des dommages (sans regarder s’il est efficace). Quand on est certain qu’il n’est pas négatif, on teste son efficacité plus tard (parfois des années) sur une population (dont une partie est malade) correspondant à la population cible. Ici ces deux phases ont été faites en même temps pour bon nombre de vaccins. Et ce n’est pas la population manquante qui manquait, et ce partout dans le monde.

Voilà pourquoi ces vaccins ont été développés en moins d’un an, sans qu’aucune des étapes obligatoires n’aient été omises. La réduction des risques est garantie par le respect des étapes (qu’elles soient bien faites). Et ce n’est pas parce qu’on fait 12 ans qu’on les respecte mieux que quand on met un an. Nous avons déjà rappelé la surveillance inédite (les anti-vaccins sont partout et souvent majoritaires) sur ces vaccins.  Pour dire qu’il y a un risque plus grand à aller vite, il faudrait voir concrètement ce qui pourrait être loupé dans les étapes obligatoires.

La seule chose que je vois (mais peut-être d’autres auront-ils de meilleurs yeux) serait que dans les phases 2 et 3 on loupe des effets secondaires qui n’arriveraient que plusieurs mois / années après l’injection. C’est très peu probable parce que même pour les vaccins secondaires, la durée ne vient pas de l’observation pendant des mois des effets d’une injection, mais dans la préparation de cette injection. On sait que les effets secondaires arrivent dans les 48h, voire dans les quelques jours après les injections. C’est ce qui est habituellement testé. Pas de différence ici, donc.

Il y a d’autres points qui font peur

  • Les nouveaux vaccins

Les premiers vaccins (Pfizer, Moderna) à être sortis embarquaient une technologie nouvelle : ARN Messager. Pour expliquer comment elle fonctionne (et pourquoi elle va révolutionner cette industrie), le vaccin consiste en un message portant le code génétique du virus qui est transmis au vacciné. Son corps va alors générer les anticorps permettant de contrer le virus qui se présentera avec cet ADN. Ici nul besoin d’injecter un virus mort ou désactivé. Manipulation génétique ?

Du coup de nombreuses personnes n’ont pas été rassurées. Oui, sauf que

  • Cette technologie était en développement depuis des années (2005), et sur de nombreuses maladies (dont les cancers). Seulement, elle ne passait pas à l’échelle du fait des investissements colossaux nécessaires. Les laboratoires ne pouvaient en effet pas réutiliser leurs infrastructures existantes. Le Covid leur a permis de faire ce passage à l’échelle.
  • Vu leur technologie et leur manière de fonctionner, on peut modifier facilement un vaccin existant pour s’adapter aux variants du virus. Les vaccins à ARN Messager sont aussi les plus efficaces contre les variants du COVID
  • Ces vaccins ont ma meilleure efficacité et c’est eux aussi eux qui ont le moins d’effets secondaires. Astra Zeneca, ce n’est pas de l’ARN Messager…
  • Les complotistes critiquaient dans les anciens vaccins « l’aluminium qu’on voulait leur injecter ». Ce qui était déjà faux, mais qui montre la constance à chercher des raisons de rejeter le vaccin.

Résultat, ce sont ces vaccins que tout le monde veut aujourd’hui, en délaissant ceux avec les « technologies classiques »

Il y a ensuite les théories complotistes classiques : La bêtise habituelle qui est Bill Gates veut nous mettre des puces dans le corps, ou que l’Occident veut se servir des vaccins pour asservir l’Afrique. Discutons de ce dernier point…

 

  • Le vaccin pour dominer l’Afrique

Les anti-vaccins ont le vent en poupe dans bon nombre de pays d’Afrique Francophone. Les vaccins contre le COVID semblent gagner la palme. Aux habituels mantra (contrôle de la population, destruction des forces vives économiques pour contrer la menace grandissante de l’Afrique, traçage de Bill gates et autres), semblent s’ajouter des interrogations spécifiques sur cette maladie bizarre et la vitesse de développement des vaccins (et pourquoi n’ont-ils rien développé sur le paludisme).

Résultat, on cherche les « preuves » que le vaccin est mauvais. C’est ainsi qu’une fausse une d’un journal sénégalais qui titrait « déjà trois morts » a été partagée partout et qu’au Cameroun on a annoncé que le vaccin avait fait « son premier mort », uniquement sur la base de dires, alors même que la patiente était COVID + (elle a donc probablement  été vaccinée trop tard, mais l’autopsie le dira ).

A ceux-là, je poserais néanmoins les questions suivantes

1/ Les vaccins qui arrivent en Afrique sont ils les mêmes que ceux qui sont utilisés partout dans le monde ? Si la réponse est OUI, alors on est obligé de conclure que d’une part il n’y a pas de complot spécifique contre l’Afrique, et d’autre part comme on l’a vu précédemment, le vaccin n’est pas dangereux. Enfin L’Afrique a (n’aura pas plus) de 5% de vaccinés. Si la réponse est NON, alors considérons l’image suivante, qui récapitule les commandes de vaccins faites par le Cameroun, en date de mi-avril.

 

Sophismes Pandémiques ou des contre-vérités sur le COVID...

Astra Zeneca est Anglo Suédois, Johnson est Américain, Sinopharm est Chinois, et Spoutnik est Russe. Quand dans les milieux anti-impérialistes (francophones) on dénonce ceux qui veulent du mal à l’Afrique, on pense souvent à la France. Or elle n’a fabriqué aucun de ces vaccins, et les différents producteurs ne sont mêmes pas des alliés. C’est illogique. On ne peut donc pas conclure qu’il y a quelque chose de volontairement mauvais dans les vaccins qui arrivent en Afrique. Dans un crime il faut le moyen, le mobile et le coupable. Le moyen fait défaut comme nous venons de le voir.

2/ Qui sont ceux qui veulent punir l’Afrique avec ces vaccins ? Les occidentaux. Mais lesquels ? Principalement les Français. C’est ce que l’opinion publique en Afrique Francophone pense. Celle-ci pense également qu’Idriss Deby était un vrai panafricaniste. Il a dénoncé publiquement le CFA, il n’avait pas sa langue dans sa poche. Mais, il y a une dizaine d’années, c’est la France qui est intervenue pour sauver son régime face à l’avancée des rebelles. Mais, à son décès, Macron est allé à ses obsèques contrairement aux présidents russe ou chinois, voire même Camerounais (voisin le plus proche). On nous dira que d’autres ont repris le flambeau de la lutte. On citera même le voisin suscité. Sauf que dans chacun des pays africains en question, les autorités en place militent pour la vaccination. Ils prennent même le vaccin à grand renfort de photos et reportages des médias. Si malveillance il y a, les dirigeants Africains sont donc complices. S’ils sont complices, les commanditaires veulent punir qui ? Difficile donc de voir le coupable…

3/ Quel serait le mobile ? Difficile de voir comment le vaccin ferait spécifiquement mal à l’Afrique. Difficile de voir qui voudrait faire mal à l’Afrique via le vaccin. Et pourquoi le voudrait-on ? Empêcher le décollage économique de l’Afrique ? Nous l’avons vu, si dessein malsain il y a, les gouvernements sont complices. Et dans pas mal de pays, si on veut faire mal à l’économie du pays, il suffit de laisser les dirigeants en place continuer de voler, et chercher à se maintenir au pouvoir.

Un crime sans mobile, sans moyen et sans coupable n’en est pas un.

Cet article avait pour but d’explorer tous les sophismes liés à la pandémie, mais cette première partie sur le vaccin a été bien longue. Nous reviendrons dans une seconde partie pour parler du Covid en Afrique, des comportements des acteurs politiques dans le monde et de quelques autres sujets liés à cette terrible pandémie

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