Pendant les campagnes électorales, il n’est pas rare d’entendre un homme (ou une femme) politique dénoncer avec vigueur les tares de la société ou les carences de ceux qui sont en place. Et quand il (ou elle) enchaîne en dépeignant la société que son programme magnifique fera advenir, la certitude de tenir là l’homme (ou la femme) providentiel s’impose à beaucoup.

Et cela arrive que des tels hérauts soient élus. Hélas, il n’est pas rare que leur propre gouvernance n’apporte son lot de désillusions et de déceptions. Pourtant, certains réussissent à impulser les bons changements. Qu’est-ce qui différencie ces deux catégories ? C’est le sujet du présent article : Explorer les caractéristiques du bon leader politique…

 

Du point de vue de « qui accède au pouvoir », la différence entre démocratie et les autres systèmes réside dans les moyens d’accession au pouvoir. Le choix « libre et éclairé » du peuple pour la démocratie. Que Abraham Lincoln définissait comme le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Au vu de cette définition, la première qualité du bon leader doit donc de vouloir œuvrer Pour le peuple : Il faut qu’il ait la volonté d’améliorer la situation des populations et de la circonscription qu’il pilotera. C’est ici le premier point qui sépare les bons leaders des mauvais leaders : Est-ce que, de toute son âme, de toute sa pensée, il a la volonté, par-dessus tout, de résoudre les problèmes de son peuple ? Et les raisons d’échouer ce premier filtre sont nombreuses…

Du bon leader politique...

Il y a d’abord ceux qui mentent sciemment pour séduire les futurs électeurs et ceux qui privilégient des positions idéologiques (par exemple « il faut taxer toujours plus les riches » ou « vos problèmes sont dus aux immigrés ») au détriment de mesures avec des impacts efficaces, au détriment de la réalité donc.

Du bon leader politique...

Ceux-là, effectuant leurs actions, sans se préoccuper avant tout du bien commun, ne produiront rien de bon. Ou alors, uniquement par hasard : Même une horloge en panne donne l’heure deux fois dans la journée…

Nous ne pouvons sonder ni les âmes, ni les cœurs. Partons donc du principe que les gens sont réellement sincères dans la poursuite de l’objectif. Il faut maintenant mettre en application l’adage « Il faut dire ce que l’on pense, faire ce que l’on a dit » Malheureusement, cela ne suffit pas toujours. Alors, quels sont les écueils ?

Le premier, et donc notre second point, est la fluctuation de la volonté. Combien sont-ils qui une fois dans les fastes du pouvoir oublient ce pour quoi ils étaient venus ? La priorité cesse d’être le bien commun, mais se transforme peu à peu (et parfois très rapidement) en quête pour le bien personnel.

Du bon leader politique...

Et souvent, hélas, on se voile la face. On commence par dire « ce pouvoir je dois l’exercer parce qu’il n’y a que je peux sauver ce peuple ». Ensuite on dire « Il n’y a que moi qui puisse sauver le peuple. Je dois rester au pouvoir ». Et plus tard on dira juste « le pouvoir, c’est moi ».

Ce « changement de priorité » est la caractérisation d’un manque de volonté. Est-ce que je place ma mission au-dessus de tout ?  On peut répondre oui de bonne foi aujourd’hui, et non dès demain matin. L’une des raisons est que l’on ne prend pas la peine de réfléchir, avant d’arriver au pouvoir, sur la cause de ces changements. Pourquoi tant de gens cèdent aux ors du pouvoir ? Le pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument. Si on y réfléchissait, on se préparerait mieux en réfléchissant soi-même à ses faiblesses, en anticipant les corruptions et autres tentations, et en se préparant à les affronter. Si on ne le fait pas, on sous-estime la complexité de l’Humain, on manque de jugement…

Ce qui nous amène au troisième point, qui est précisément l’incapacité à comprendre la complexité du monde. Nous l’avons vu, sur le plan purement personnel, s’affranchir d’affronter la complexité peut mener à la catastrophe. Le monde est bien plus complexe qu’un simple individu. Si on ne comprend pas les mécanismes qui régissent le monde, les lois de la physique, les lois de l’économie, on ne peut en aucun cas avoir une idée des résultats de nos actions.

Si parce que mon village me soutient, parce que je suis gentil, parce que je suis bon, je m’imagine que je vais battre Bolt au sprint, je me trompe lourdement. Il en va de même quand un politique dit « qu’il ira chercher la croissance avec les dents, qu’il va inverser la courbe du chômage (sans mettre en place les nécessaires mesures), que « la CAN aura lieu le jour dit, j’en prends l’engagement », qu’on construira un mur contre les Mexicains et que ceux-ci le paieront ou que le virus est un petit virus alors que les scientifiques de son pays affirment le contraire ». Les promesses issues de telles visions « simplistes » seront systématiquement non réalisées. On veut quelque chose, sans tenir compte des règles auxquelles cette chose obéît.

Du bon leader politique...

C’est également pour cela que trop de gens changent d’avis au fil de leur évolution. De gauche à 20 ans (quand on pense que y a qu’à faut qu’on pour que les idéaux se réalisent) et de droite à 50 ans, une fois que l’on a été corrompu par la vie et ses biens matériels.  Quelqu'un a dit

Être jeune,c'est aussi être assez partisan des idées simples et des solutions qui font peu de cas de la complexité des choses, des situations et du monde.

 Une autre cause d’échec est qu’une fois cette complexité comprise, on en prenne peur et que l’on baisse les bras. Ça sera trop difficile d’y arriver. Laissons tomber, on verra ça plus tard. Je ne veux pas de gens dans la rue, je veux être réélu (et c’est là que j’aurais plus de courage ?).

Du bon leader politique...

Il ne faut pas baisser les bras. Comprendre la complexité ne peut pas être une excuse pour ne rien faire ou abandonner. C’est au contraire une fabuleuse opportunité pour bien faire.  Le sage a dit

 Votre problème,c'est que vous envisagez la complexité comme le problème et non comme la solution.

 

En résumé, les trois obstacles qui empêchent l’émergence du bon leader politique sont

  • Le manque de direction, sans laquelle on ne peut avancer vers le bon objectif, changeant de sens au gré du vent…
  • Le manque de volonté, sans laquelle on ne peut affronter les obstacles et résister aux tentations
  • Le manque de discernement, ou de jugement, sans lequel on ne comprend pas la complexité pour mieux la contourner

Gustave Le Bon a résumé cela avec deux citations que voici : Rien ne sert d’agir si une idée directrice n’oriente pas utilement la volonté d’agir. Et encore : Le jugement sans volonté est aussi inutile que la volonté sans jugement.

Si l’on veut s’engager en politique pour des raisons nobles, il convient d’examiner ces 3 facteurs, d’y réfléchir afin de se préparer. Ce n’est que comme ça qu’adviendront des leaders qui feront avancer les choses dans le bon sens. Le Cameroun, monde en a besoin. Besoin de bons leaders…

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