Il entra dans la salle. Il déposa sa volumineuse sacoche sur la maigre table qui allait lui servir de bureau. C’était la première fois qu’il venait dans cet orphelinat pour adolescentes. Certaines parmi elles étaient déjà des femmes. Il intervenait dans le cadre d’un programme d’aide pour lequel il s’était porté volontaire, et il devait leur donner un cours. Il salua, et prit sa craie pour commencer. C’est à cet instant qu’il la vit…

Il vit qu’elle l’observait fixement. A chaque fois qu’il se retournait vers la salle, elle était là, le fixant du regard, buvant ses paroles. Qui n’aime pas plaire ? Une fois le cours terminé, toutes les élèves s’en allèrent. Sauf une. Elle prenait son temps pour ranger ses affaires. Lui devenait un peu nerveux. Il s’assit sur son bureau. Elle se leva et se rapprocha de lui. Elle vint s’asseoir sur le premier banc, juste devant lui. Son visage était à hauteur de son bureau à lui. C’est là que son regard se fixa.

Ses mains s’approchèrent fébrilement du bureau. « Je peux » ? La gorge serrée, il bredouilla un « oui » quasi inaudible. Elle s’empara de l’objet. Ses pupilles se dilatèrent dans un mélange de joie et de surprise. « Qu’est ce qu’il est gros » murmura-t-elle. « Oui, en as-tu déjà vu un aussi gros » ? « Même pas dans mes rêves les plus fous ».

Dès qu’elle l’eut entre les mains, elle se jeta goulument dessus, et entreprit littéralement de le dévorer. Lui, la regardait faire, grisé. A vrai dire, c’est pour ce genre de sensations qu’il était venu. De voir son entrain à l’ouvrage, lui retournait littéralement les sens. Il avait l’impression d’accomplir là une mission supérieure. Ce n’est pas tous les jours que les filles d’ici avaient la chance de voir de tels spécimens. Elle émergea de sa transe, et levant les yeux vers lui demanda « Dommage que vous n’en ayez pas d’autre ». Il sourit « la physique a des limites, je ne peux en ranger qu’un là-dedans ». Elle sourit à son tour. « Dommage, j’aurais appelé des copines. Mais c’est vrai que même celui-ci, on peut partager ». Il se demanda tout d’un coup si elle les appellerait vraiment. Son rythme cardiaque s’accélérera encore. Plusieurs pour le prix d’une ! Il n’osait même pas imaginer. « Non, aujourd’hui, je serai égoïste. Il est à moi toute seule ». Elle déposa un baiser sur l’objet, dur, de son désir.

On entendit des bruits, mais ni l’un ni l’autre ne firent attention. Les bruits se rapprochèrent. Une voix grave retentit « ah vous êtes là ! ». « Oui monsieur le directeur ».  « Vous avez fait du bon travail, dehors elles ne parlent que de vous. Et la petite là, que fait elle ? » « Elle dévore l’encyclopédie que j’ai ramenée. Ça m’émeut toujours autant de voir les enfants lire. La lecture, il n’y a que ça de vrai pour développer l’esprit. Ça me procure toujours une telle émotion ! » « Mais je suis d’accord avec vous, allons donc discuter de votre projet de bibliothèque dont vous m’avez parlé »…

PS : chacun est responsable de ce qu’il a pensé…

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