Salomon Amoudje: le vrai sens de la vie...
16 mars 2015Salomon Amoudje reçoit un quinquagénaire qui semble désespéré. Il trouve que la jeunesse, et son fils en particulier. Selon lui, la jeunesse perd le sens des priorités, au contraire des anciens, et se concentre sur des futilités. Où va le monde ? Salomon et lui s’entretiennent donc du sens de la vie…
- Bonjour Salomon
- Bonjour André, quel bon vent t’emmène ? Tu as l’air contrarié.
- Oh, pas grand-chose. Juste mon fiston qui me cause des soucis. Rien d’inhabituel.
- Quel genre de soucis ? parce que je vois bien que tu es contrarié. Très contrarié.
- J’avais tracé un chemin pour lui. Les plus grandes écoles. Une place dans l’entreprise, une progression dans la hiérarchie planifiée, puis ma succession. Mais ça déraille dès les premières étapes : les études !
- Mais j’avais cru comprendre qu’il y excellait, depuis tout petit.
- Oui, il avait intérêt. Je maintenais la pression. Mais là, quand ça devient décisif, dans la meilleure université du pays, il met le clignotant. Il préfère passer ses journées avec ses amis à boire des bières.
- Et vous en avez discuté ?
- On passe plutôt le temps à s’engueuler. Il me dit même qu’il veut devenir bucheron, et mener une vie pépère. Que c’est cela qu’il aime. Loin de l’empire familial. Il pense que la vie c’est juste besogner des arbres, besogner sa femme et élever des marmots ? Quel sens entend-il ainsi donner à sa vie ? hein ?
- Tu parles du sens de la vie ? Quel est-il pour toi ?
- Construire, laisser une trace, marquer l’histoire, histoire que ceux qui viennent après, comme l’avait dit Luther King, disent « ici a vécu un homme qui a fait du bon boulot dans son domaine ». C’est cela le sens de la vie. Exceller pour laisser une trace.
- Je vois. Et je comprends. Acceptes tu que je te pose des questions sur ce que tu viens de dire ?
- Oui bien sûr. Je sais que parfois ça énerve les gens quand tu veux chercher la petite bête, mais moi je trouve ça stimulant intellectuellement. Et puis ça me changera les idées.
- Je te reconnais bien là. Seras tu d’accord pour dire que si on atteint « le sens de la vie », on peut dire que l’on a « réussi sa vie » ?
- Oui bien sûr.
- Ok, penses tu qu’il y a des sportifs qui excellent dans leur domaine ?
- Evidemment !
- Et donc, qui sont susceptibles de laisser une trace. Je vais t’en citer quelques uns, et tu me diras s’ils ont excellé et laissé une trace dans leur sport : Tyson, Pantani, Maradona, Senna ?
- Oui bien sûr, certains un peu controversés, mais ils excellaient dans leur sport et sont et resteront des légendes.
- Ont-ils pour autant réussi leur vie ? Tu peux répondre avec en tête des légendes d’autres disciplines comme la musique avec le fameux club 27, dont le dernier membre était Amy Winehouse.
- On ne peut pas dire, pour sûr qu’ils ont tous réussi leur vie. Tyson a accumulé les scandales, Pantani est mort sordidement dans une chambre d’hôtel, Maradona est allé de frasques en frasques, et Senna ne consacrait de temps à rien d’autre qu’à la F1, et il en est mort tragiquement. Je ne parle même pas d’Amy Winehouse.
- Nous avons un problème là. Tu dis que ces gens ont excellé, mais n’ont pas forcément réussi leur vie. Combien de capitaines d’industrie brillante qui au soir de leur vie se retrouvent seuls, délaissés par leur progéniture ou même en procès avec elle pour les sous ? Nous sommes donc contraints d’invalider ta définition du sens de la vie. Tu es d’accord ?
- Je suis bien forcé de le reconnaître. Quel serait alors le sens de la vie ? tu peux m’aider à répondre ?
- Je pense oui. Mais nous allons procéder comme Socrate, c’est toi qui vas accoucher de la vérité. Tout d’abord, tu dis que Senna, ou même Tyson qui est encore en vie n’a pas forcément réussi sa vie. A cause de ses déboires sportifs et non sportifs. Mais si on lui demande à lui s’il est content de son parcours, penses tu qu’il est exclu qu’il puisse répondre « oui je suis content » ?
- Hum, ça me parait quand même difficile hein.
- Ça te parait difficile à toi, mais à lui qui vient sans doute d’un ghetto qui est ou qui a été millionnaire, qui a pu vivre du sport qu’il aimait, et qui continue à engranger et à couler des jours heureux, penses tu vraiment impossible qu’il puisse dire « tout compte fait, c’était quand même pas mal, je suis content » ?
- Hum, vu sous cet angle en effet, ça n’est pas impossible.
- Et tu seras tout aussi d’accord que pour un autre, dans les mêmes circonstances, il puisse répondre qu’il n’est pas satisfait ou content du tout du tour qu’aura pris sa vie ? avec le stress, les moqueries, les futilités, etc.
- Si bien sûr
- Et donc si pour les exactes identiques conditions, un homme pourrait se déclarer content et heureux, et un autre mécontent et insatisfait, ne faut il pas conclure que les conditions du contentement de soi ne dépendent que de soi même ?
- Si
- Et il y a une différence entre dire « j’ai réussi ma vie » et « au soir de ma vie, je peux dire que je suis content de mon parcours » ?
- Apparemment pas.
- Et nous avons conclu plus haut que « avoir trouvé le sens de sa vie » équivalait à « avoir réussi sa vie ». Devons nous revenir dessus ?
- Non, mais je ne suis pas très sûr d’être très avancé. Comment définir à l’avance quel est il ? ça semble facile au soir de sa vie de s’asseoir et de voir si oui ou non on est content, mais avant ? Comment savoir quel est ce sens et ainsi se comporter ? Puisque tu me dis qu’il n’y a pas de sens universel.
- Je dirais qu’il faut savoir dissocier les moyens des objectifs, c'est-à-dire identifier dans les choses que nous faisons, ce que nous faisons comme moyen pour atteindre d’autres choses, et ce que nous poursuivons vraiment comme objectif. Je te l’accorde ce n’est pas facile comme différenciation. Très souvent on se met à poursuivre les moyens et à délaisser complètement l’objectif premier. Je te propose d’utiliser la métaphore de la fin du monde.
- Explique
- Imagine qu’un cataclysme va détruire de manière irrémédiable la planète dans 24H. Que ferais-tu ?
- Tu veux dire comme quand dans les films se mettent à piller pour voler du matériel ?
- Pas exactement, parce que si ils volent du matériel, c’est parce qu’ils espèrent en tirer profit (soit en le revendant, soit en l’utilisant). Cette action n’est donc qu’un moyen et non objectif. En fait dans les films ils ne pensent pas que ce soit la fin du monde.
- Hum, tu dis la fin du monde, mais ma réponse ne serait pas la même si c’est la fin de mon monde ou la fin du monde. Je peux par exemple léguer ma fortune à des déshérités si c’est moi qui meurs alors que si tout le monde meurt, cela ne servira plus rien.
- Mais là encore, ce legs ne serait qu’un moyen, et pas un objectif. Tu dis qu’un legs en cas de fin du monde ne servira à rien car ils ne feront rien de ton argent. Mais ce faisant, tu présumes que si toi seul meurt, ton argent aura un impact sur la réduction des misères, ou même que tes survivants l’utiliseront convenablement. Bref, tu présumes contrôler ce qui adviendra de ton argent. Bref, tu t’imagines rester en vie. Moi ce que je note de cette distinction, c’est que s tu veux léguer ton argent, peut-être ton objectif c’est d’agir pour réduire les souffrances de ton prochain (à toi de dire). Et le legs n’est donc qu’un moyen. Mais si cela est ton objectif, tu peux aussi le faire en cas de fin du monde, en rassurant ceux qui auront peur, en soulageant les malades, un peu comme quand on donne les dernières volontés à un malade ou à un condamné à mort. Il n’y a donc pas de différence s’il s’agit de la fin de Ton monde ou e la fin du monde. Une question donc : A quoi emploierais je mon temps si la fin du monde était dans 24H ?
- Je vois, donc mon fils, s’il répond « à teeser avec mes copains » peut donc ne rien faire de ses journées et abandonner le travail ?
- S’il répond ça et que c’est là son objectif, il faudra qu’il sache qu’il ne peut pas teeser si financièrement il n’a pas les moyens de le faire. Il faudra bien manger, se vêtir, acheter la boisson pour teeser. Et donc trouver les moyens pour cela, et donc travailler. CQFD
- Tu as réponse à tout, et toi que ferais tu si le monde s’éteignait dans 24H ?
- Moi, je les passerais, tranquillement avec ma femme et mon fils, à jouer, et à rire. Etre bien avec eux, c’est là mon objectif, et si c’est réussi à la fin de ma vie, on pourra dire que je l’ai réussie.
- Oulah, tu n’es pas amoureux toi ? comment s’appelle l’heureuse veinarde ?
- Isabelle, et le fiston Alexandre :)
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PS : Joyeux anniversaire Isabelle
Ps2 : un autre article traitant d’un sujet similaire http://www.mebene.com/article-ici-et-maintenant-70847825.html