Dans le récit biblique, Salomon fut un grand roi. Peut-être même le plus grand, par son sens aiguisé de la justice. C'est en effet le seul, quand Dieu lui demandait ce qu'il souhaitait pour son règne, qui répondait qu'il désirait la sagesse, pour pouvoir rendre la justice. Et ce don de sagesse est illustré dans l'imaginaire collectif par le fameux jugement qu'il rendit face à deux femmes qui réclamaient toutes les deux le même bébé. Nous avons déjà discuté de la qualité de son jugement dans un précédent article, mais aujourd'hui nous discuterons des enseignements que cet épisode peut nous apprendre sur nous mêmes, et sur ce qu'il convient de faire...

 

L'histoire nous est narrée dans 1 Rois à 3.16 à 3.28. Il s'agit de deux femmes qui habitent ensemble. Elles accouchent à trois jours d'intervalle, et un matin l'un des bébés est retrouvé mort. Les deux réclament l'enfant vivant. Laquelle est la vraie mère ? C'est l'objet du procès. Et Salomon, ne pouvant trancher, décide de trancher le bébé et d'en donner une moitié à chacune. La fausse mère accepte le deal. Elle est démasquée. L'histoire est surtout l'occasion d'évoquer l'astuce de Salomon, mais ce qu'elle nous dit de ces deux femmes est aussi très riche d'enseignements. On en conclut par exemple qu'il y a une mauvaise personne (et une bonne personne) dans l'histoire. Prenons quand même le temps de détailler...

 

Tout d'abord, on nous dit que deux femmes vivant seules accouchent. Sans mari. On se souvient de la décision de Joseph pour ne pas laisser Marie en opprobre à la société. On eut pu penser qu'elle était prostituée si elle accouchait sans mari. Que penser de ces deux femmes ? Pas besoin d'effort. Le texte répond de lui-même.

3.16
Alors deux femmes prostituées vinrent chez le roi, et se présentèrent devant lui.

 

Elles sont prostituées, pourtant il ne viendrait à personne de dire que la « fausse » mère est une mauvaise personne du fait de ce métier (on le fera éventuellement pour ce qu'elle dit et fait pendant le procès), ou que la vraie mère est une mauvaise personne. Pourtant, à l'époque, comme aujourd'hui, nous hésitons pas à juger, qualifier autrui sans le connaître. Tel s'occupe mal de ses enfants, tel est un incapable, telle ethnie n'est composée que de fainéants, etc. Le premier enseignement est donc sur la nécessité de restreindre ses jugements sur autrui.

 

La seconde leçon est liée à l'envie. Ou le désir d'avoir quelque chose que l'on ne possède pas encore. C'est ce qui se passe quand la maman découvre son bébé mort le matin. Peut on imaginer ce qui se passe dans sa tête à ce moment précis ? Elle peut, à ce moment là, et de bon droit, trouver la situation totalement injuste contre elle. Quand elle réclame l'enfant ce matin là,et au tribunal, le fait elle pour elle ou pour nuire à son amie ? Je pense qu'elle le fait pour elle. Et son envie, son besoin d'enfant ne considère alors l'autre que comme un dommage collatéral. Que faisons nous, quand nous prenons ou donnons un bakchich, qui s'il était rentré dans les caisses de l’État aurait contribué à construire une école ? Que faisons nous quand nous favorisons notre fils, notre connaissance, dans tel ou tel concours, dans la queue à l'hôpital, dans l'attribution d'un marché, dans tel ou tel recrutement au détriment d'un autre, mieux préparé, présent en avance dans la queue, etc ? Que faisons nous chaque fois que nous considérons notre bien sans regarder le possible impact que cela aura sur autrui ? Nous faisons la même chose qu'elle quand elle réclame cet enfant. Et au lieu de ne voir que la (grosse) paille dans l’œil de cette femme, essayons dès à présent de réfléchir à la portée de ce que nous faisons sur autrui, même quand ce n'est que notre bien que nous poursuivons.

 

On peut tirer le troisième enseignement à partir du moment où Salomon propose de couper l'enfant et que la fausse mère accepte. Ici on sort de la situation où elle veut quelque chose pour elle pour entrer dans la situation où indépendamment de son bien à elle, elle veut le mal d'autrui. Puisqu'elle a perdu son bébé, elle veut que l'autre aussi ait mal. C'est bien évidemment, du point de vue chrétien, la pire des situations. La détestation du prochain. C'est ce qui arrive quand n'arrivant pas à s'élever soi-même, on choisit de rabaisser l'autre et de l'empêcher de monter. C'est ce qui arrive quand on est raciste, tribaliste, misogyne, homophobe, bref quand on agit pour exclure l'autre. Les exemples sont innombrables. Je fais confiance aux lecteurs pour compléter la liste. La leçon à tirer est elle aussi simple. Dans la mesure du possible, ce caractère est à éviter.

 

La quatrième, et la plus belle, perle à tirer de ce texte nous est fournie par la vraie mère. Elle accepte de perdre son bébé, pourvu qu'il vive. Je ne dis pas qu'elle aussi aurait dû accepter le deal de Salomon, en se basant sur sa haine pour sa voisine. Mais elle aurait pu argumenter, et demander à Salomon de revenir sur sa décision. Mais elle choisit le bien d'autrui (fut ce de son fils). Savoir se mettre en retrait pour un bien plus grand, parfois plus collectif. Le sens du sacrifice. Moi, ça me parle...

 

 

     

     

     

    Les deux femmes et Salomon
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