J'ai eu l'occasion de voir « The Circle », actuellement au cinéma. Beau starring avec Emma Watson et Tom Hanks. The circle est la plus grande firme du numérique. On pense très vite à Google. L'histoire commence quand une jeune fille y est recrutée. Elle embrasse alors un monde aux antipodes de l'univers d'origine, plutôt simple. Cela finira inéluctablement par créer de la distance avec sa famille, ses amis qui eux, n'arrivent pas à se connecter...

Avec ses premiers pas dans la boite, on découvre alors l'univers « The circle » où les employés vivent en vase clos, partagent tout (ils ont pour mantra « partager c'est aider »...) et où on est vu comme un paria si on ne le fait pas. On assiste aussi aux grandes messes du vendredi où le PDG présente les futur gadgets et la direction que prend la boite. Ça commence par un œil électronique qui voit tout, enregistre tout et qu'on peut placer n'importe où sans que lui soit vu. Deux autres innovations marquantes dans le film : le concept de transparence d'abord où quelqu'un décide qu'il n'a plus absolument aucun secret. Filmé 24h/24, conversations téléphoniques, mail, tout en ligne. La recherche d'individus via le réseau où le pari est pris de retrouver n'importe qui en moins de 10 minutes en s'appuyant sur les personnes connectées qui vont tous chercher au même moment cette personne. Une tueuse recherchée depuis des années est ainsi retrouvée en 9 mn30.

Tout ça produit une sensation de gène, bien qu'à aucun moment on ne puisse penser à des desseins cachés autres que ceux annoncés. Bien sûr, chacune de ces inventions peut avoir, a même, des conséquences néfastes non envisagées. Le film semble à un moment vous inviter à trancher, mais, dans un équilibre délicat se gardera de le faire. C'est le même œil qui peut protéger les opprimer en rendant visible la tyrannie, vous sauver de la noyade et faire vivre à l'enfant paralysé une ascension de l’Everest qui peut être utilisé pour confisquer votre vie privée. C'est le même outil de recherche qui peut permettre de retrouver des criminels qui peut également permettre de retrouver n'importe qui qui n'a rien demandé, même dans sa propriété privée. Ce sont les mêmes outils qui peuvent capter précisément la volonté du peuple qui peuvent être utilisés pour installer un totalitarisme d'un genre nouveau.

Et qu'a tranché notre héroïne ? Il faut avouer qu'elle a un jeu ambigu dont on n'est pas certain qu'elle en soit elle-même consciente. Au début, je me suis dit qu'elle était trop maligne pour succomber à tout ça. Qu'elle se « connectait » pour être corporate. Mais très vite, elle passe « des mois » dans le campus sans rendre visite à ses parents dans la même ville. Elle rencontre l'inventeur aux origines de la société. Il a maintenant pris peur face aux potentiels travers. Il la prévient de ce qui va arriver. Et c'est juste après, que dans un enthousiasme étonnant, elle pousse dans le sens de plus de transparence, quitte à obliger les citoyens à s'inscrire sur la plateforme. Après un accident tragique dû à son initiative, elle discute avec sa copine qui l'a faite embaucher et qui vient de démissionner,dégoûtée par les atteintes à la vie privée de l'entreprise, elle promet de se venger. Et sa vengeance n'en sera pas une, puisqu'elle pousse encore plus dans le sens de la « transparence ».

Il est là le bémol de ce film. C'est principalement le manque de colonne vertébrale des personnages (qui se traduit aussi par des dialogues souvent faibles). Même les dirigeants de l'entreprise sont un peu dans le flou. On ne sait pas s'ils y croient vraiment ou si tout est stratégique, et notamment s'ils manipulent notre héroïne pour qu'elle soit le brillant porte étendard de la cause. A la fin, ils sont censés être punis, mais ce n'est pas une vraie punition, et Tom Hanks garde d'ailleurs le sourire. Bref, ce ne sont pas de vrais méchants.

Et sans méchant, il est difficile de trancher. On a souvent l'impression que « ça va trop loin », mais le parti pris de l'auteur n'est pas de confirmer cela. On comprend que c'est à chacun de nous de dire jusqu'où il est prêt à aller. Il y a du plus dans la technologie. Mais il peut aussi y avoir du moins. Moins qui deviendra le pire si l'on, chacun d''entre nous, n'y prend pas garde. Voilà le message essentiel du film que je retiendrai. Avec le sentiment qu'il manque un petit quelque chose pour que ce soit un bon film...

 

Revue de film: The Circle...
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