Un jour, les grenouilles furent. D’où venaient-elles ? Nul ne le savait. Nul ? Si ce n’est le Dieu qui leur dit qu’elles étaient de son fait. Elles vécurent longtemps. Sans chef. Elles n’en avaient pas besoin. La mare était suffisamment grande et approvisionnée.

Mais finalement, elles étaient comme les autres espèces. La liberté peut faire peur. Elles voulurent un chef. Un Roi. Un souverain. Elles allèrent trouver le Dieu, et lui exigèrent un chef. Le Dieu, qui jamais n’avait été dérangé par elles, accéda à leur demande. Il envoya un gros tronc d’arbre dans leur mare. Splasch ! Un bruit assourdissant. Les eaux troublées, et les grenouilles qui prennent peur. Quel est donc ce souverain si menaçant qui vient tout chambouler ?  On en voit partout, des nouveaux souverains qui entendent faire de grands changements…

Mais très vite, elles virent bien que rien ne se passait. Et que leur chef ne disait rien, ne faisait rien, et les laissait dans leur état d’antan : Gouvernez-vous, et vous serez bien gouvernées, semblait dire ce prince. Mais ce n’est pas ça qu’elles voulaient. Elles voulaient un chef. Elles repartirent voir le Dieu pour se plaindre de ce chef qui n’en était pas un. Là, le Dieu était un peu énervé déjà. Il avait plein d’autres choses à faire que de gérer les jérémiades d’enfants gâtés. Elles insistèrent. De guerre lasse, il leur envoya un héron pour les diriger.

C’est bien connu, en général, les hérons mangent les petites bêtes comme les grenouilles. En général. Celui-ci ne fit pas exception. Il se jeta sur elles et dévora celles qui ne purent s’enfuir. La persécution continua (et continue de continuer). Les grenouilles repartirent se plaindre chez le Dieu de ce souverain atroce. Mais Lui, exaspéré, les envoya paître. Elles choquées, étonnées, ne comprirent pas. « Quoi ? Il ne nous répond plus ? Quoi ? » Et c’est depuis ce temps-là qu’elles passent le temps à dire « Coa, Coa, Coa ». Tandis que le héron continua à les manger…

 

Moralité : Faisons gaffe à ce que l’on demande. Ils sont nombreux à réclamer des autocrates au lieu des démocrates jugés trop mous…

 

 

Ce format adopté par Jean d’Andjeng se base sur la prose sur le modèle des fables d’Esope. Par opposition à ses précédentes fables en vers sur le modèle de La Fontaine.

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