Hier c'était Pâques. Et j'ai été à l'église. Le prêtre a fait un sermon que j'ai trouvé assez incompréhensible. Il a parlé de mystère, de passion, et d'autres sujets tout aussi abstraits.J'ai même perdu le fil, mais je pense que n'importe lequel des assistants, si on lui demande ce qu'il tire comme enseignement de ce sermon sur ce qu'il doit faire pour être un bon chrétien ne pourrait répondre. Je me dis que ce type de prêche (que je ne goutte pas) tient au fait qu'il y a (au moins?) deux approches théologiques : L'une basée à mon sens sur l'espérance, qui attend que la grâce ou quelque chose d'équivalent nous tombe dessus pour nous sauver de nos déboires dans ce monde, ou de l'enfer dans le suivant; il vient donc que le bon chrétien doit juste (ou surtout) croire. Et l'autre basée sur le fait que le bien, s'il doit y avoir, arrivera par nos actions; il vient que le bon Chrétien doit (surtout) se comporter d'une certaine manière. C'est évidemment vers cette seconde option que je penche. En témoignent de précédents articles.

Pour cette Pâques, je propose donc une petite réflexion ayant pour but de nous inciter à l'action. Que nous commande Jésus à cette occasion de la célébration de sa résurrection ? Il nous commande l'amour : aimer notre prochain comme nous même. Nous l'avions précédemment développé à l'occasion de Pâques, déjà. Certes me direz-vous. Aime ton prochain comme toi même. Mais cela veut dire quoi exactement ?

Ce qui est sûr c'est que nous savons TOUS ce que ce n'est pas. Ne pas aimer son prochain c'est chaque fois que l'on se considère plus important que les autres ou alors qu'on veut faire mal à l'autre.

Nous savons que tuer, agresser, voler autrui ce n'est pas aimer son prochain. Ce sont là des « péchés » évidents. Tout le monde les voit et tout le monde les condamne. Si nous devions faire une métaphore (comparaison n'est pas raison), prenons celle des deuils dans nos contrées ou au lieu du soutien aux éplorés, l'on vient surtout faire bombance, et considérons que la lourdeur du péché correspond à la taille du plat qu'on se sert (encore une fois, comparaison n'est pas raison). Regardons notre ami Ndok Bidi ci-dessous

 

Pour Pâques, prenons le temps

Il attirera à coup sûr les regards réprobateurs. Chacun ira de son commentaire pour dire à quel point il n'est pas sérieux. Il est d'ailleurs devenu à son corps défendant une star d'Internet. Les « gros » péchés sont visibles, et tout le monde s'accorde à les condamner, et même dans la mesure du possible, à les éviter.

En restant dans la métaphore de la nourriture au deuil, que dire de cet autre ami, Akina Kina, qui lors du même deuil demanda à la personne qui servait « la mère mets-moi juste un peu de couscous et de sauce gombo. Peu de temps après, il revient dire « la mère, le couscous est fini, ajoute moi un peu pour que je finisse la sauce là ». Très peu de temps après, il revient dire « la mère, ajoute moi la sauce, pour que je finisse le couscous là ». Et ainsi de suite. A la fin, il aura mangé plus que Ndok, et personne n'aura rien remarqué. Il rentrera tranquille chez lui, personne ne montrera sa photo sur Facebook. Ce sont là nos « petits » péchés. Ceux qui ne sont pas visibles. Ceux qui ne font pas de bruit. Ceux dont parfois même, nous n'avons pas conscience qu'ils en sont en les réalisant.

Ce n'est pas aimer son prochain quand même dans le fond de nos cœurs, nous rejetons l'autre à cause de la couleur de sa peau, de sa nationalité, de sa tribu, de son sexe ou de ses pratiques sexuelles.

Ce n'est pas aimer son prochain quand nous prenons la chose de tous (destinée à la santé, la sécurité, l'éducation, etc) pour la mettre dans notre poche (corruption) ou même quand nous encourageons et admirons ceux qui le font.

Ce n'est pas aimer son prochain quand nous faisons tout ce qui est possible pour bloquer ou mettre des bâtons dans les roues des autres, par envie ou par jalousie.

Ce n'est pas aimer son prochain quand même en pensée, nous traitons le mendiant de fainéant qui n'a qu'à aller travailler sans savoir pourquoi ou comment il en est là.

Ce n'est pas aimer son prochain quand pour bien montrer que l'on est arrivé ou que l'on est en position de pouvoir, nous maltraitons ou humilions l'autre.

Cela et bien d'autres actions quotidiennes. Que nous faisons, discrètement, et parfois sans prendre conscience de leur nature. Ces péchés sont aussi les plus dangereux, car moins visibles, ils sont les plus fréquents (par leur répétition, et par le nombre qui les commettent).Mais si parfois nous n'en avons pas conscience en les commettant, ce n'est pas parce que nous ne savons pas que cela ne correspond pas à l'amour du prochain. Nous le savons. On le sait toujours. Mais on se comporte comme si on le savait pas, en témoigne la fable de l'oiseau.

Et si alors qu'au fond de nous, nous le savons, nous n'en avons pas parfois conscience, c'est parce qu'on ne prend pas le temps de réfléchir aux actes que nous posons.Nous agissons par pulsion. Nous voyons passer dans notre bureau un citoyen, nous voyons juste les 5000 que nous pouvons extorquer. Nous ne voyons pas l'effet que cela aura sur les caisses de l’État, multiplié par le nombre de fois que nous et nos collègues le faisons, sur le nombre d'écoles, d'hôpitaux ou même les salaires d'autres fonctionnaires (parfois le notre). Et quand nous prenons plutôt 25000 mille pour « donner » le permis, nous ne réfléchissons pas aux vies humaines que cela coûtera sur les routes plus tard. Parfois on s'indignera même des chauffards qui sont sur les routes. Nous savions, mais nous n'avons pas pris le temps d'y réfléchir.

 

En conclusion, pour cette fête de Pâques, certes, ne soyons pas Ndock Bidi, mais essayons de prendre le temps de réfléchir à nos actions, pour ne pas être le plus dangereux encore Akina Kina...

 

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