A l'époque de Jean-Paul 2, je me suis souvent demandé pourquoi on (les médias, les opinions) demandait au pape de promouvoir l'utilisation du préservatif. Son successeur a subi les mêmes reproches. En effet, cela revenait à leur demander à renoncer, sur le sujet des grossesses indésirables et les MST/Sida, à leurs préceptes : l'abstinence et la fidélité, pourtant plus efficaces. Au motif que les fidèles (notamment en Afrique) obéiraient au pape s'il mettait en avant le préservatif, alors qu'ils ne lui obéissent déjà pas sur l'abstinence et la fidélité. Pie XIII, nouveau et jeune pape dans la série « The Young Pope » n'est pas du genre à renoncer à des principes. Et c'est sa marque de fabrique. Le présent article entend la creuser, après une brève présentation de la série....

Lenny Belardo, alias Pie XIII est donc intransigeant. Tout de suite à son arrivée, il fait référence à la plus « pure » tradition. Son nom d'abord, qui est le prolongement de papes très conservateurs, ses décisions ensuite : celle de ne pas montrer son visage en public, celle de chasser tous les prêtres homosexuels de l'église catholique romaine (ECAR) ou du moins du Vatican, celle de recourir au faste papal d'antan, celle d'excommunier les femmes recourant à l'avortement sous quelque forme que ce soit, celle de menacer les fidèles de fermeture des églises si eux ne se lèvent pas pour aller véritablement à la recherche de Dieu (dès son premier discours), etc. Et tant pis si les fidèles se détournent des églises...

Mais « The Young Pope », ce ne sont pas que les positions théologiques , on demande donc au pape de renoncer à ses dogmes pour les adapter aux pratiques effectives des fidèles.fortes du pape. C'est aussi des répliques cultes, des jeux de pouvoir auxquels le pape s'entend très bien. Il parvient ainsi à mettre au pas la redoutable curie romaine. Ce sont aussi des jeux de séduction du pape (I am sexy and I know it). Mais c'est aussi sa fragilité : Abandonné par ses parents dans un orphelinat, il en a été profondément affecté : Pourquoi l'abandon ? Les relations avec son mentor (qui devient par moment un rival), son désir de retrouver ses parents, et enfin les doutes mêmes quant à l'existence de Dieu. Bref, tous les ingrédients pour nous captiver.

Nous avons été captivés, mais cela ne nous empêche pas de réfléchir à la question la plus intéressante : La voie théologique choisie par le pape, est elle la bonne du point de vue de l'institution qu'il dirige (ECAR) ? Être ultra-exigeant envers les fidèles et leurs pratiques est ce ce qu'il y a de mieux pour l’Église ? Il y a en effet deux écoles

  • Celle qui reste intransigeante sur les dogmes. C'est la voie choisie dès le début par Pie XIII dans la série

  • Celle qui demande donc au pape de faire évoluer ses dogmes pour les adapter aux pratiques effectives des fidèles et l'évolution de la société. C'est celle suivie globalement par le Vatican depuis le concile de Vatican II.

La voie du pape dans la série semble tout d'abord ne pas être couronnée de succès. Les églises se vident. Mais il l'assume. Quand on lui dit que s'il veut vraiment virer les prêtres homosexuels il fera une terrible saignée, il répond qu'il est prêt à perdre ces 2/3 des prêtres. Mais a t'il raison dans son «intégrisme » ? A mon avis, du moins dans un premier temps, il a tort. Car son intégrisme n'est pas basé sur le fondement du message christique tel qu'il est aujourd'hui perçu par les masses. En effet, au cours des 20 siècles précédents, les fidèles catholiques ont considéré comme parole d'évangile ce qui provenait du Vatican, même des dogmes ou positions sans directe relation avec les évangiles. Aujourd'hui, avec la sécularisation des sociétés, l'essor de la science, la démocratisation des masses (qui va avec une plus grande liberté) ont conduit lesdits fidèles à mettre en perspective les « dogmes » qui leur sont enseignés. Notamment dans les sociétés occidentales.

Un intégrisme sur des sujets qui ne sont pas essentiels (tenue vestimentaire du pape, latin, protocole, qui se focalise sur l'exclusion des homosexuels et des femmes qui avortent, etc) à mon sens sera beaucoup moins convainquant qu'un intégrisme fondé sur l'amour. Amour qu'une lecture individuelle des évangiles définira comme le seul véritable objectif. Et cet objectif n'a pas toujours mis au centre de la doctrine de l'ECAR. Et vers la fin de la série, le pape s'en rend compte, et les fidèles sont de retour. Je pense que c'est aussi la raison du succès d'estime du pape François. Pour récapituler, oui à une intransigeance, mais à une intransigeance qui a le bon objectif. Ainsi l’Église pourra se vider des brebis galeuses, mais les fidèles seront là car ils en partageront le noble objectif.

Pour faire le parallèle avec la lutte contre la corruption au Cameroun par exemple, si nous disons que l’objectif est son éradication étant donnée la saignée financière qu'elle occasionne, il est clair que de nombreuses têtes vont tomber. En effet, corrompus et corrupteurs sont partout. S'attaquer à ce fléau touchera donc tout le monde, mais puisque l'objectif est louable, c'est là un intégrisme nécessaire...


 

The Young Pope: Revue et réflexion en découlant...
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