Prof Flancé: L'occasion fait le larron...

Nous retrouvons le professeur Flancé, avec sa classe de troisième dans un établissement populaire d’une métropole camerounaise…

La classe est plongée dans un brouhaha sourd quand le professeur Flancé y fait irruption. Tout de suite, il explose !

  • A peine ai-je le dos tourné que le bavardage commence. Et… Mais c’est quoi ça ? qui a écrit « le prof n’est pas pro » au tableau ? qui a écrit ça ? Répondez ! fulmina-t-il

Le silence lui succéda. Il reprit

  • Répondez-moi, parce que croyez-moi, je vais retrouver le coupable. Et alors, ça sera terrible. Deux minutes d’absence, et voir ça ! L’occasion fait le larron, mais tout de même
  • L’occasion fait quoi ?
  • Hum ! encore une fois, vous ne comprenez rien. Bon, je vais vous expliquer…

« Vous avez vu les tenues colorées qui sont devenues à la mode là dehors et même partout en Afrique ? Les Dashikis. Très peu de gens savent que c’est en fait la tenue traditionnelle d’une toute petite ethnie de l’Est du Pays. Tout est parti de Ngollè. Un petit paysan. Il est allé à la gare routière de sa petite ville pour envoyer, via un car, quelques uns de ces T-Shirt alors cousu localement à son fils qui étudiait au Nord. Alors qu’il faisait la queue au guichet des colis, il entend un bébé pleurer. Il se retourne et voit une jeune femme, belle, peau claire, sourire bright qui se démène pour calmer son nourrisson. Elle sort un sein de sa robe. Et quel sein ! Mais le petit ne veut pas téter. Sa mère, en désespoir de cause dit

  • Si tu ne tête pas, je vais donner le sein là au tonton là, dit-elle en pointant le vieux Ngollè du doigt.

Un frisson lui parcourt l’échine. Il se dit « je peux faire comme ça, ma part vient me trouver hein ». Ni une, ni deux, il sort du rang et va s’asseoir à côté de la dame. On ne sait jamais. Rebelote quelques minutes plus tard, le bébé se remet à pleurer

  • Tète je te dis ! ou sinon je donne le sein au tonton dit elle en tendant vraiment le sein vers le tonton.

Comme pour menacer le bébé. C’est le cœur de Ngollè qui était menacé. Il était au bord de l’apoplexie. Subitement, la dame se lève. Ngollè se lève et se propose de l’aider à transporter ses bagages. C’est ainsi qu’il se retrouve dans un bus qui allait à Yaoundé. Voyage non prévu. Qu’à cela ne tienne se dit-il, l’argent de l’envoi me servira à payer mon billet. Et on verra bien.

Le voyage se passe. Avec le même jeu : Bébé pleure, maman menace. Maman tend son sein vers tonton. Tonton ne tète rien. Tonton espère toujours. Un moment il dit à la dame

  • Madame il ne faut jamais menacer sans réaliser, sinon on se décrédibilise et on n’a plus d’autorité sur ses enfants. Donnez-moi votre sein. Il faut qu’il comprenne.
  • Tu es fou ? Un pauvre paysan comme toi ?

Gifle. Ils arrivèrent à Yaoundé. Ngollè était triste. Pas de tétée, il ne connaissait personne dans cette mégalopole, n’avait pas un sou et ne savait même pas où dormir. Comme il avait un peu honte de ses habits de paysans, il sortit un des Dashiki de son paquet et le revêtit.

Par hasard, la femme du particulier d’un ministre (donc quelqu’un de très haut placé) passait. Elle s’arrêta. Elle avait un sens inné de l’élégance, et n’avait jamais vu ce type de tenue. Elle s’approcha de lui, lui demanda la provenance de son vêtement, lui acheta à prix d’or les trois Dashikis qui lui restaient et lui passa commande d’un gros volume. Il sut mobiliser sa communauté dans un premier temps pour livrer, ensuite il ouvrit une usine, et s’enrichit très rapidement. On peut le voir se pavaner dans sa grosse berline, avec à ses côtés une fille qui ressemble à la jolie jeune maman. Il est vrai qu’il n’est plus un « pauvre paysan ».

Il est aujourd’hui heureux comme un gai luron. Une traduction malheureuse donna « larron », d’où le proverbe « l’occasion fait le larron » qui signifie que on ne réussit que si on saisit l’opportunité qui passe. »

  • Vous avez compris ?
  • Hum, monsieur, sur mon Dashiki, c’est écrit « made in Taïwan », vous êtes sûr de votre nouvelle histoire à dormir debout là ?
  • A dormir debout ? Mbounga ! Tu n’as pas compris l’expression ? quelle insolence. Je suis sûr que c’est toi qui as écrit au tableau. D’ailleurs, c’est ntoi qui as écrit au tableau. Tu es collé…

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