La dernière véritable interview accordée par Paul Biya date de 2007, à France24. Et dans cette interview, il reconnaissait que déjà à l’époque, la communication faisait partie intégrante de l’action politique. Malheureusement, il n’y a pas eu de progrès sur ce plan. Et les Camerounais, conscients que le président est l’alpha et l’oméga du système guettent les sources d’information pouvant leur dévoiler les arcanes du pouvoir. C’est pourquoi les indiscrétions de Wikileaks, les sortis épistolaires de Marafa ou le livre de Fanny Pingeot ont défrayé la chronique et connu un succès médiatique certain.

Jean-Marie Antagana Mebara (JMAM) est du sérail. Son livre sur les SGPR rentre donc dans cette catégorie d'ouvrages dévoilant les arcanes du pouvoir. Va t'il nous apprendre des secrets d’état ? Va t'il s'appesantir sur son procès ? Pas vraiment. Son livre a le double mérite d’explorer ces arcanes et de se focaliser non pas sur les personnes, ni les événements, mais sur les modes de fonctionnements pour que le lecteur puisse en tirer les conclusions sur le fonctionnement de notre pays qui s’imposent. C’est ce que je vais m'atteler à faire.

L’ouvrage de JMAM est décomposé en deux parties principales. La première partie est une description du rôle de secrétaire général de la présidence (SGPR) depuis les indépendances, ainsi que des hommes qui ont tenu ces postes. Cette partie est très fouillée, textes réglementaires à l’appui, et on peut y retrouver des verbatim des occupants du poste, l’idée qu’ils en avaient et un aperçu de leurs relations avec le président (Ahidjo ou Biya).

La seconde partie, la plus dense, et celle dont nous servirons, est le développement sur l’expérience spécifique de JMAM à ce poste. Nous passerons sur ce que nous considérons comme des « indulgences » à son égard comme par exemple quand il nie avoir usé de sa position pour faire nommer des gens (et que le président, en lui parlant de quelqu’un lui rappelle que c’est lui qui l’a nommé) ou sur ses démêlés judiciaires. Nous passerons sur la mise en lumière d’un président très travailleur, assez éloigné de l’imagerie populaire (ex : Le joueur de Songo’o dont « tout le monde » parle ne connaitrait même pas les règles du Songo’o). Dépersonnalisons le débat, partons du principe que le Président et ses collaborateurs proches sont tous animés des meilleures intentions et font du mieux qu’ils peuvent, et concentrons-nous sur ce que l’on peut apprendre du fonctionnement de notre État à travers ce livre. Pour cela, nous prévoyons deux autres articles :

Bonne lecture...

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